Aflamin cinéma marocain
Entre l’accueil de tournages et une production de films en augmentation (25 en 2022), l’industrie cinématographique marocaine est en pleine ébullition. Cependant, la fermeture de dizaines de salles de cinéma ces dernières années limite les diffusions. La nouvelle plateforme de films 100 % marocaine, Aflamin, lauréate de l'AFD Digital Challenge 2023, cherche à rendre le cinéma accessible à tous.

L’émergence d’une nouvelle vague de réalisateurs venus du Maroc sur la scène internationale illustre depuis deux ans le dynamisme de son cinéma.

Cette année, la réalisatrice, scénariste et productrice Asmae El Moudir se prépare à gravir les marches de la 77e édition du Festival de Cannes pour rejoindre le jury de la section « Un Certain Regard ». Il y a un an, à 31 ans, elle obtenait le prix de la mise en scène pour son long métrage La Mère de tous les mensonges. Sa compatriote, l’actrice Lubna Azabal, préside le jury des courts métrages et de la Cinef, et le réalisateur Nabil Ayouch, tête de proue du cinéma marocain, présentera son film Everybody Loves Touda en avant-première (photo ci-dessus).

Malheureusement, la fréquentation des salles de cinéma marocaines a nettement diminué ces quarante dernières années, et seulement 21 salles étaient encore en activité en 2022, contre 250 dans les années 1980.


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Le streaming au secours du cinéma

Pour aider ce secteur à se développer et à retrouver sa place de leader dans le monde arabe, le gouvernement marocain s’est engagé à ouvrir 150 salles dans les douze régions du royaume, dont 50 viennent d’être inaugurées. D'autres se tournent vers le digital, comme Nabil Ayouch, l’un des fondateurs de la nouvelle plateforme de streaming marocaine, Aflamin, qui propose des films indépendants marocains et internationaux. En 2023, Aflamin a fait partie des dix lauréats de l’AFD Digital Challenge, un concours qui valorise des projets innovants proposés par des start-up africaines. À leurs côtés, des start-up venues du Nigéria, du Ghana, de Côte d’Ivoire, du Cameroun, d’Ouganda et d’Afrique du Sud. 


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Ce projet né il y a deux ans souhaite contribuer au dynamisme du cinéma marocain en lui redonnant de la visibilité sur son territoire. Il vise également à fournir au grand public un accès légal aux films nationaux, le cinéma marocain n’étant jusque-là accessible au format digital que par la voie du piratage.

« Aujourd'hui, il y a de beaux films de cinéastes marocains qui sont très connus dans le monde entier, qui circulent mieux et qui sont mieux diffusés à l’étranger qu’au Maroc. Aflamin contribue à changer cette donne », explique Yasmina Tamer, directrice et cofondatrice de la plateforme. Cette professionnelle de la distribution cinématographique est rentrée s’installer à Casablanca, sa ville d’origine, après vingt-deux ans en France, pour se consacrer à ce projet.

Yasmina ajoute : « Notre fonctionnement repose sur un partage des recettes, un modèle très répandu dans le secteur du cinéma indépendant. Des producteurs ou des distributeurs nous confient leurs œuvres et nous leur reversons une partie de notre chiffre d'affaires. Avec ce modèle économique, toute la chaîne se serre les coudes et participe au risque pour donner une place à la cinéphilie en VOD. C’est ensuite notre rôle de patiemment créer et élargir l’audience, et à terme de remonter des recettes de plus en plus significatives pour les producteurs. »


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Éducation à l’image par le cinéma

Au-delà de la diffusion de films, Aflamin sert aussi de support pour des projections de films en milieu scolaire, dans le cadre d’un dispositif d’éducation à l’image par le cinéma opéré par plusieurs associations marocaines : « Nous allons fournir à ces associations un catalogue de films jeune public prêts à projeter, accompagnés de fiches pédagogiques sur lesquelles les professeurs pourront s’appuyer pour animer des débats avec les élèves. »

Cette nouvelle initiative permettra aux élèves d’acquérir une première culture cinématographique et de développer un esprit critique vis-à-vis des images qui les entourent, notamment celles des réseaux sociaux. « Là aussi, le digital nous permet de contourner le manque d’infrastructures pour que l’accès à cette éducation ne s’arrête pas aux quelques grandes villes qui disposent encore de salles, et parvienne même en milieu rural », conclut Yasmina Tamer.

Souvent perçues comme responsables de la chute de fréquentation des cinémas à travers le monde, les plateformes de streaming offrent aussi de nouvelles possibilités au cinéma indépendant, au Maroc et ailleurs.