Cinq ans après l’Accord de Paris, « de nouveaux engagements sont attendus en faveur du climat »

publié le 08 décembre 2020
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Le 12 décembre, à l'occasion du cinquième anniversaire de l'adoption de l’Accord de Paris sur le climat, la France, le Royaume-Uni et les Nations unies organisent le sommet Climate Ambition Summit. Damien Navizet, responsable de la division Climat de l’Agence française de développement (AFD), nous éclaire sur les progrès réalisés depuis 2015 et les enjeux de ce sommet virtuel.

Quel bilan peut-on tirer cinq ans après la signature de l’Accord de Paris sur le climat ?

damien navizet afdDamien Navizet : D’abord que cet accord est toujours bien vivant. L’Union européenne et 187 pays l’ont ratifié, incluant les États-Unis qui en sont sortis mais vont y revenir. Ensemble ils représentent 97 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est un accord inclusif, à l’échelle du problème et entré en vigueur en un temps record. Pour la première fois la main a été laissée à chaque pays pour définir ses engagements.

Plusieurs bilans ont pointé l’insuffisance des engagements pris par les États en 2015, qui nous amènent sur une trajectoire de 3 °C de réchauffement planétaire d’ici 2100. L’accord prévoit cependant la revue des engagements à la hausse tous les cinq ans. Il a par ailleurs poussé les acteurs non étatiques à prendre des engagements pour le climat, comme aux États-Unis où plusieurs États et grandes entreprises ont adopté des objectifs en termes d’émissions de gaz à effet de serre. La révision des engagements a commencé à fonctionner avec de plus en plus de pays annonçant des objectifs de neutralité carbone : le Japon et la Corée du Sud d’ici 2050, la Chine d’ici 2060… La trajectoire de réchauffement va ainsi s’infléchir progressivement.

Qu’est-ce que l’Accord de Paris implique concrètement pour une institution comme l’AFD ?

Depuis une dizaine d’années, le climat est un marqueur fort de l’action du groupe AFD. Ce positionnement a été renforcé par le mandat, qui nous a été donné par le gouvernement français en juillet 2017, d’appuyer la mise en œuvre de l’Accord de Paris, puis par l’adoption de notre stratégie climat « 100 % Accord de Paris » (2017-2022) visant à appuyer des transitions bas-carbone et résilientes dans les pays en développement.

Depuis la COP21, l’AFD s’est notamment engagée à être une banque alignée avec l’Accord de Paris. Cela veut dire que nous écartons le financement de nouveaux projets qui ne vont pas dans la direction préconisée par l’accord dans nos pays d’intervention. Nous accompagnons aussi une trentaine de pays dans l’élaboration de leurs stratégies climat de long terme, via notre Facilité 2050, ainsi que 15 pays dans leur adaptation aux impacts du changement climatique via Adapt’Action.


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En 2019, le groupe AFD a mobilisé 6,1 milliards d’euros de financement climat, dont 3,3 milliards en faveur de l’atténuation du dérèglement climatique, qui éviteront chaque année l’émission de 9,9 millions de tonnes équivalent CO2, et 2 milliards d’euros pour des projets d’adaptation, dont 41 % en Afrique.

Ces financements ont aussi entraîné un certain nombre d’investissements privés en faveur du climat : plus de 2 milliards d’euros en 2018 et 2,7 milliards en 2019, d’après nos estimations. Par ailleurs, la revue à mi-parcours de notre stratégie climat a fait ressortir quelques progrès que nous pourrions encore apporter dans nos pratiques internes. Depuis 2012 nous compensons intégralement les émissions de gaz à effet de serre générées par nos déplacements professionnels, nos achats, nos bâtiments… Mais nous pouvons aller plus loin et maîtriser ces émissions.

Quelle est la dynamique actuelle au sein des banques publiques de développement ?

L’Accord de Paris a lancé une dynamique dans l’ensemble du monde financier. Toutes les banques se rendent compte que les changements climatiques impactent leur risque de crédit. Elles veulent désormais être en mesure de comprendre et gérer les différents aléas mais aussi les implications d’une transition bas-carbone.

Au niveau des banques publiques de développement, l’International Development Finance Club (IDFC) a annoncé en septembre 2019 lors du sommet Action climat de l’ONU que ses membres allaient mobiliser 1 000 milliards de dollars de financements pour le climat d’ici 2025.

La dynamique s’est poursuivie en 2020 avec le sommet Finance en Commun co-organisé par l’AFD du 9 au 12 novembre : à travers une déclaration conjointe, les banques publiques de développement du monde entier - près de 350 - se sont engagées à soutenir la transformation de l'économie et des sociétés vers un développement durable et résilient. Il s’agit notamment d’aligner leurs financements avec les objectifs de l’Accord de Paris, par exemple en arrêtant de soutenir des projets liés au charbon, à agir en faveur de la biodiversité ou encore à appliquer les standards environnementaux et sociaux les plus exigeants. Dans un contexte où la COP climat a été reportée, ce sommet a été utile pour avancer sur ces sujets.


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Un événement virtuel aura lieu le 12 décembre pour les cinq ans de l’Accord de Paris. Que peut-on en attendre ?

Le samedi 12 décembre, à un an de la COP26 qui se tiendra à Glasgow fin 2021, la France, le Royaume-Uni et les Nations unies, en partenariat avec le Chili et l’Italie, organisent le sommet Climate Ambition Summit à l'occasion du cinquième anniversaire de l'adoption de l’Accord de Paris.

Lors de cet événement virtuel, des chefs d'État et de gouvernement, mais aussi des coalitions d’acteurs non étatiques, présenteront de nouveaux engagements en matière d’atténuation du réchauffement climatique, d’adaptation et de financement de l’action climatique internationale. Une des principales annonces attendues est celle du rehaussement des objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne, à -55 % d’ici 2030 (par rapport à 1990) contre -40 % actuellement. Plusieurs pays confirmeront ou annonceront aussi des objectifs de neutralité carbone. Pour une annonce américaine il est en revanche un peu tôt.

Le 12 décembre marquera aussi le troisième anniversaire du premier sommet One Planet dont le thème central est celui du financement. À cette occasion, un événement reviendra sur les réalisations des coalitions formées au cours des sommets de décembre 2017, septembre 2018 et mars 2019. Le prochain One Planet Summit se tiendra le 11 janvier à Paris et s’intéressera particulièrement aux façons d’agir pour la biodiversité. Sur ce sujet comme sur celui du changement climatique, la communauté internationale devra relever le niveau d’ambition en 2021.