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Moldavie Ukraine réfugiés
Alors que la guerre entre la Russie et l’Ukraine entre dans sa deuxième année, Philippe Orliange, directeur exécutif en charge des Géographies de l’Agence française de développement (AFD), analyse les impacts du conflit en Eurasie et y détaille l’action de l’AFD.
Philippe Orliange AFDUn an après le début de la guerre en Ukraine, quelles sont ses répercussions sur les pays de la zone Eurasie ?

Elles sont de plusieurs ordres. La première, c’est évidemment les questions de sécurité de ces pays quand il y a en Ukraine une agression, une violation du droit international qui se produit après une première annexion, celle de la Crimée. Les pays de la région ont donc commencé à revoir la manière dont ils devaient assurer leur propre sécurité. Ce n’est pas qu’une question militaire, cela concerne aussi, par exemple, leur sécurité énergétique : au fur et à mesure que la guerre en Ukraine s’est prolongée, des conséquences sur les prix de l’énergie sont apparues.

Il y a aussi des répercussions économiques : augmentation du prix des matières premières, ruptures des chaînes d’approvisionnement, renchérissement du coût du transport de marchandises, effondrement de l’activité touristique… avec les conséquences politiques et sociales que cela peut avoir. Les pays d’Eurasie ne sont d’ailleurs par les seuls impactés, car cette crise a comme on le sait des conséquences importantes au niveau mondial.

Comment l’AFD accompagne-t-elle l’Ukraine et ses pays voisins ?

Nous intervenons à la fois au cas par cas, parce que l’urgence impose son rythme, et en suivant une stratégie de long terme. Au début du conflit, nous avons instruit en l’espace de trois semaines un premier prêt de 300 millions d’euros à l’Ukraine, à la demande de l’État français. Nous n’étions jusqu’alors pas présents dans ce pays, mais nous ne pouvions pas rester indifférents. Cela dit quelque chose sur la rapidité avec laquelle l’AFD peut répondre à un besoin.

En Moldavie, où l’afflux de réfugiés ukrainiens a été massif, nous avons soutenu avec la Fondation de France trois ONG qui les ont pris en charge, en débloquant deux millions d’euros. Les familles de réfugiés ont ainsi pu bénéficier de soins et de soutien psychosocial, s’intégrer au système scolaire moldave ou retrouver du travail. Comme nous ne sommes pas sur une mission d’urgence humanitaire, nous intervenons sur l’accompagnement à la sortie de crise, sur la stabilisation. Nous avons donc aussi soutenu les institutions de microfinance pour que l’économie continue à tourner autant que faire se peut.


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La Moldavie, où nous avons ouvert un bureau en 2021, est très dépendante de la Russie sur le plan énergétique. Elle a cependant engagé un processus de rapprochement avec l’Union européenne, et nous sommes là pour l’accompagner, en particulier dans ses efforts pour développer un cadre réglementaire adapté à la promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, tout en réduisant sa dépendance sur ce plan. Le directeur général de l’AFD a eu l’occasion d’évoquer le sujet avec la présidente Sandu. Plus largement, dans la région des Balkans, nous cherchons à apporter des réponses communes à des problèmes communs, qu’il s’agisse d’urgences liées à la guerre en Ukraine ou de défis de plus long terme.

De l’autre côté de la mer Noire, dans le Caucase, nous sommes présents en Géorgie pour accompagner les autorités dans le renforcement de la protection sociale, mais aussi sur des projets liés à l’énergie et à l’agriculture. La situation sur place est d’autant plus complexe, désormais, que la Géorgie est au contact direct de la Russie. Le simple fait de se dire que la France est là, à travers l’AFD, est un signal très important.

La guerre a des conséquences plus à l’est, en Ouzbékistan par exemple, qui est un concentré des répercussions géopolitiques de cette crise. Le pays exportait beaucoup via des routes terrestres traversant le sud de la Russie et l’Ukraine. Ces itinéraires sont désormais fermés, et les alternatives ne sont pas simples. Mais sur les autres sujets, la réponse des Ouzbeks est emblématique : elle a été d’accélérer la transition énergétique et de mettre en place des filets de protection sociale. L’AFD y contribue.

Comment évolueront ces soutiens en 2023 ?

Il faut tenir la distance. Les sujets sur lesquels nous intervenons ne sont pas simples. Pour reprendre l'exemple de la transition énergétique en Moldavie, celle-ci va forcément prendre du temps. L’énergie est un sujet absolument central, et nous devons continuer à y travailler en collectif européen. On a besoin de cette solidarité européenne sur le terrain, elle fonctionne !

En Ukraine, le groupe AFD, à travers Expertise France, poursuit sa mission sur les sujets de gouvernance. Plus on se rapproche du moment où on commencera à parler de reconstruction, et plus les sujets de bonne gouvernance seront importants pour susciter la confiance des partenaires. Le travail d'Expertise France est à ce titre tout à fait central pour l’AFD en Ukraine. Et si le gouvernement français souhaite que l’AFD joue son rôle de banque de développement, nous nous tiendrons prêts.


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Enfin il ne faut pas oublier l'agenda lié aux Balkans occidentaux : en Serbie, en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, au Monténégro, en Albanie et en Macédoine du Nord. Depuis trois ans, l’AFD s'y est investie. Nous allons atteindre un milliard d’euros de financements de projets. Les besoins sont là : eau et assainissement, transition énergétique juste. Nous y sommes attendus. Et nous avons permis à la France de changer de catégorie dans cette région où il n’y avait pas vraiment de coopération financière. Que ce soit dans les Balkans ou dans le Caucase, nous nous inscrivons dans le temps long en prenant soin de bien choisir nos sujets d’intervention. La communauté politique européenne, promue par le président de la République, donne désormais un horizon continental à notre action.

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