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Paysage montagneux en Ouzbékistan
La récente visite en France du président de la République d’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, a permis la signature de nouveaux projets de développement soutenus par l’AFD. Vincent Caupin, directeur de l’AFD pour l'Asie centrale, nous les détaille.
Vincent CaupinSur quelle trajectoire de développement économique se trouve l’Ouzbékistan aujourd’hui ?

L’Ouzbékistan a entrepris depuis 2017 une vague de réformes économiques importantes qui a généré des résultats économiques notables. Les effets de ces réformes sont détaillés dans la dernière édition du MacroDev des éditions AFD « Ouzbékistan : réussir une transition multidimensionnelle ». Les fondamentaux macroéconomiques sont relativement sains et la dynamique économique soutenue n’a été que marginalement impactée par la crise sanitaire liée au Covid-19 et, jusqu’à présent, par le conflit en Ukraine.

 

 
Ouzbékistan : réussir une transition multidimensionnelle
MacroDev Flash
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Les années qui ont suivi l’indépendance du pays en 1991, suite à l’éclatement de l’Union soviétique, ont été marquées par une situation économique difficile. Contrairement à d’autres pays de l’ex-bloc soviétique, le pays n’avait pas engagé de réformes pour encourager le développement de l’économie de marché et avait peu recours aux financements des institutions et investisseurs internationaux pour favoriser son développement économique. Le président de la République, Shavkat Mirziyoyev, arrivé au pouvoir fin 2016, a opéré un virage stratégique sur ces deux points. Réélu il y a un an, il a fixé des objectifs ambitieux pour les prochaines années, à la fois en termes de réduction de la pauvreté et de croissance du revenu par habitant, qu’il espère doubler d’ici 2030.

Pour y parvenir, il va falloir que le pays continue à se transformer. Le gouvernement poursuit la transition vers l’économie de marché, celle-ci n'en est qu’à ses débuts, la part de la sphère publique dans l’économie restant très importante. Il lui faut aussi gérer sa transition socio-démographique, avec une croissance de la population assez forte : le pays compte chaque année 600 000 personnes en plus, avec un taux d’urbanisation croissant qui pose de nombreux défis pour les villes du pays.

Le développement économique entraîne par ailleurs une augmentation de la demande énergétique. La volonté du gouvernement est d’accroître la part des énergies renouvelables à 25 % du mix électrique d’ici 2030. Des investissements importants sont ainsi réalisés dans les secteurs de l’énergie solaire, de l’éolien et de l’hydroélectricité. Le pays doit aussi apprendre à être plus économe en eau, qu’il utilise abondamment pour l’agriculture irriguée, mais qui devient insuffisante pour faire face à la demande, d’autant que le changement climatique impacte les grands glaciers, réserves en eau de la région.


Voir aussi : Les glaciers du Pamir, une réserve d’eau pour l’Asie centrale


Plusieurs projets ont récemment été officialisés entre l’Agence française de développement et l’Ouzbékistan…

Oui, des dossiers importants ont été signés à l’occasion de la visite du président ouzbek à Paris. Le premier est un prêt de 30 millions d’euros de l’AFD en faveur de la banque publique ouzbèke, la SQB, qui lui permettra de financer des investissements favorables au climat. Il faut dire qu’ici, la hausse des températures a déjà atteint +1,5 °C en moyenne. C’est la première fois que l’AFD signe en Asie centrale un prêt non souverain, c’est-à-dire sans la garantie de l’État ouzbek. Cela montre une certaine maturité dans notre relation avec l’Ouzbékistan.

Une autre signature porte sur un accord de partenariat stratégique. Il formalise les attentes, côté Ouzbékistan, notamment en termes de projets et de soutien de politiques publiques, et nos possibilités d’y répondre, côté AFD, à travers une liste de projets que nous pourrions financer. Ceux-ci mettent l’accent sur les priorités du pays : l’énergie, l’eau, le développement de la région de la mer Aral… Cet accord confirme notre volonté de travailler ensemble et donne de la perspective sur nos activités dans le pays jusqu’en 2025.

La visite a également été l’occasion d’officialiser un don de 1,5 million d’euros, qui permettra à l’Ouzbékistan de mener des études sur l’irrigation, en particulier dans la région de la mer Aral. Enfin, nous avons signé un partenariat sur le financement d’infrastructures d’eau potable dans plusieurs régions d’Ouzbékistan.

Quelles autres formes prend l’action de l’AFD dans le pays ?

L’AFD intervient en Ouzbékistan depuis décembre 2016, date de la signature de notre accord intergouvernemental. Notre action y prend principalement deux formes : des financements de projets et des prêts de politique publique. Au total, 800 millions d’euros de prêts ont déjà été signés dans le pays, auxquels s’ajoutent plus de 25 millions d’euros de dons, grâce à l’Union européenne qui cofinance la majorité des opérations. Côté projets, nous apportons notre soutien aux secteurs de l’eau, de l’énergie, des déchets ou de l’élevage : traitement des déchets solides à Samarcande, construction d’usines de traitement des eaux usées


Lire aussi : En Ouzbékistan, favoriser un développement plus écologique du secteur de l’élevage


À travers les prêts de politique publique, nous apportons un financement budgétaire à l’État ouzbek pour l’accompagner dans la mise en œuvre de réformes économiques et environnementales. Une action importante a notamment été engagée début 2022 autour de l’accompagnement de la stratégie Économie verte du gouvernement. Le gouvernement ouzbek est aujourd’hui conscient qu’il est important de prendre en compte les externalités environnementales de la production, à la fois parce que les ressources en eau et en énergie du pays ne sont pas inépuisables, mais aussi parce que les lignes bougent au niveau international sur ces questions et que produire avec une empreinte environnementale réduite va devenir un avantage compétitif à l’exportation.

Plusieurs instruments de politique économique peuvent être utilisés pour y parvenir. C’est là-dessus que nous accompagnons l'Ouzbékistan : sur la possibilité d’émettre des obligations vertes, de gérer via le budget les dépenses favorables à l’environnement, d’utiliser les marchés publics pour instaurer des règles également favorables à l’environnement… L’ambition est de poursuivre ce travail commun dans les années à venir.