Ce projet vise à adapter au Brésil des outils juridiques et participatifs développés en Italie pour soutenir les initiatives citoyennes de gestion des communs urbains. Il s’appuie sur des études de terrain et des expérimentations dans les villes de Goiânia et de Goiás, afin de renforcer la reconnaissance par les institutions des pratiques locales de coopération.
Contexte
Dans de nombreuses villes brésiliennes, les habitants s’organisent spontanément pour gérer ensemble des espaces, des services ou des ressources : jardins partagés, occupation de bâtiments, actions culturelles ou solidaires. Ces pratiques, qui relèvent des « communs urbains », témoignent d’une vitalité citoyenne au Brésil mais elles sont encore peu reconnues par les institutions. Le cadre juridique actuel privilégie surtout les partenariats public-privé, souvent liés à la privatisation des services urbains.
En Italie, des villes ont trouvé des réponses concrètes à ce défi. Depuis les années 2000, des règlements municipaux permettent aux citoyens de collaborer officiellement avec les autorités pour prendre soin des communs urbains (espaces publics, équipements, patrimoine). Plus de 200 villes ont adopté ce modèle qui permet de poser un cadre légal sans pour autant les marchandiser les espaces, ressources et services concernés.
C’est dans ce contexte que s’inscrit ce projet de recherche, mené dans deux villes de l’État de Goiás où existent déjà de fortes dynamiques communautaires (associations, communautés rurales, initiatives culturelles). Plus largement, ce projet s’inscrit dans les priorités de recherche de l’AFD sur les communs et la participation citoyenne. Il rejoint les priorités de l’AFD sur le renforcement de la gouvernance locale, de la participation citoyenne, de la cohésion sociale et du développement durable.
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Objectifs
La question centrale est la suivante : comment créer un cadre institutionnel qui reconnaisse et soutienne ces pratiques citoyennes, sans les transformer en simples services marchands ?
Pour y répondre, le projet cherche à comprendre comment les habitants des villes de Goiânia et de Goiás prennent collectivement soin de leurs espaces et ressources. Il vise aussi à doter les acteurs locaux de solutions – et notamment d’outils juridiques – inspirées de l’expérience italienne mais adaptées au contexte brésilien.
Cela se matérialisera par une cartographie des initiatives locales, l’organisation d’ateliers avec les acteurs concernés et la proposition d’un projet de règlement municipal sur les communs. Ces résultats pourront aider les collectivités à mieux soutenir les initiatives locales, à renforcer la participation citoyenne et à développer des politiques publiques plus inclusives, à moindre coût.
Méthode
Le projet repose sur une approche de recherche-action : en complément des enquêtes de terrain, des entretiens et des observations, les équipes de recherche organisent des ateliers participatifs avec les habitants, les associations et les autorités locales. Une cartographie collaborative recensera les pratiques existantes et des études de cas permettront de comparer les expériences brésiliennes et italiennes. Dans un second temps, des ateliers serviront à co-construire des projets concrets avec les acteurs locaux et des séminaires favoriseront le dialogue entre chercheurs, citoyens et décideurs.
Le projet mobilise les compétences de deux partenaires, l’Université fédérale de Goiás et l’Ecole polytechnique de Turin (Politecnico di Torino – PoliTo), et l’expertise acquise au sein du laboratoire italien LABSUS, spécialisé dans les règlements sur les communs. Les partenaires locaux (organisations de la société civile et municipalités) sont pleinement impliqués.
Résultats attendus
En complément de la production scientifique, le projet prévoit des actions de renforcement des capacités des partenaires locaux, via les ateliers et le travail collectif. Le projet débouchera également sur plusieurs livrables directement utiles aux collectivités :
- Une cartographie collaborative des pratiques de communs
- Un guide pratique avec une boîte à outils pour les acteurs locaux
- Un projet pilote co-construit avec une initiative citoyenne
- Une note de politique publique proposant un règlement sur les communs
Des actions permettront de diffuser ces outils et résultats : exposition et évènements publics, plateforme en ligne, publications.
Ces livrables fourniront aux collectivités des leviers concrets pour mieux soutenir les communs urbains et nourriront le débat sur les politiques urbaines participatives au Brésil.
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Contact
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Stéphanie LEYRONAS
Chargée de recherche
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Ce projet a élaboré une méthode simple pour améliorer le suivi et l’évaluation des initiatives qui cherchent a nourrir l’action publique par la recherche. Cette méthode permet de mieux comprendre les effets réels de ces démarches sur les décisions publiques, de renforcer leur pilotage et de favoriser un usage plus concret des résultats scientifiques dans l’élaboration des politiques publiques. Contexte
Les décideurs publics sont de plus en plus incités à s’appuyer sur des données issues de la recherche pour concevoir des politiques efficaces. Pourtant, dans la pratique, les résultats scientifiques circulent difficilement hors du monde académique : ils arrivent souvent trop tard, sont rédigés dans un langage peu accessible hors du champ académique, ou sont mal adaptés aux problématiques concrètes rencontrées par les acteurs publics.
Dans le même temps, les projets qui font dialoguer chercheurs et décideurs sont complexes à conduire et à évaluer : ils doivent s’adapter en permanence face à des contextes politiques changeant et produisent des effets diffus ou indirects qui ne se mesurent pas facilement. Les outils classiques de suivi-évaluation, centrés sur des indicateurs quantitatifs, rigides et des cadres logiques, rendent mal compte de ces dynamiques. Ils servent surtout à rendre des comptes aux bailleurs, et peu à l’apprentissage collectif ou à l’adaptation des projets.
L’AFD soutient de nombreux projets de recherche visant à éclairer l’action publique. Constatant ce fossé entre chercheurs et décideurs, elle a souhaité développer une méthode de suivi-évaluation plus utile, plus souple et mieux adaptée à ces projets, afin d’améliorer la mesure de leur impact réel et de renforcer l’impact de la recherche sur les politiques publiques.
Objectifs
Le projet a consisté à concevoir une méthode de suivi-évaluation spécialement pensée pour les initiatives qui relient recherche et action publique. Il répond à une double difficulté : suivre dans le temps les effets réels de ces projets et aider les acteurs à mieux les piloter dans des contextes incertains et changeants.
Plutôt que de se limiter à quantifier de manière purement comptable des activités ou des résultats formels (nombre de rapports, d’ateliers ou de publications), la méthode s’intéresse surtout aux changements que le projet a contribué à enclencher : des relations de confiance se sont-elles créées ? Les connaissances produites sont-elles mobilisées ? Les pratiques et les modes de collaboration évoluent-ils ? Derrière, l’objectif est triple : mieux comprendre ce qui fonctionne vraiment en identifiant les signaux de changement pertinents ; produire des informations utiles pour ajuster les stratégies en cours de projet (identification des obstacles, renforcement des actions efficaces) ; mieux formuler des recommandations de politiques publiques.
Cette approche contribue à améliorer la qualité des décisions publiques en favorisant un usage plus concret, plus régulier et mieux ciblé des connaissances scientifiques.
Résultats
Le projet a débouché sur un papier de recherche, un rapport technique et une boîte à outils de suivi-évaluation destinée aux acteurs du développement.
Cette méthode a été testées sur des projets de recherche concrets et co-construite avec les différents types d’acteurs concernés afin de bien saisir leurs besoins et contraintes respectives : des chercheurs et des institutions publiques, mais aussi des organisations locales, des acteurs de la société civile et des bailleurs.
La démarche est volontairement légère et modulable, afin de s’adapter aux contraintes de temps et de moyens des partenaires, notamment dans les pays du Sud. Les acteurs locaux sont pleinement associés à la production, à l’interprétation des données et à l’ajustement des actions. En pratique, cette méthode combine des ateliers collectifs, des outils simples de collecte d’informations (entretiens, récits d’expériences, observations) et des temps d’analyse partagée. Elle s’appuie notamment sur la « théorie du changement », un outil qui permet à une équipe de clarifier les effets attendus d’un projet, les étapes intermédiaires nécessaires et les conditions de réussite.
Ressources
Cas d’application
La méthode de suivi-évaluation a été testée sur une dizaine de projets en Afrique du Nord, à Madagascar et au Sahel, puis déployée sur d’autres géographies. Elle a permis les résultats suivants :
- Des échanges entre chercheurs, décideurs et partenaires locaux ont permis de diffuser les résultats et de partager les enseignements.
- Les partenaires institutionnels et académiques ont renforcé leurs compétences en suivi-évaluation, en animation de dialogue de politiques publiques et en analyse des effets des projets.
- Dans plusieurs cas, la démarche a aidé à ajuster les stratégies en cours de mise en œuvre et à mieux formuler des recommandations à destination des décideurs. Elle a ainsi contribué à un dialogue plus structuré, plus informé et plus durable entre recherche et action publique.
FOCUS SUR… LES COMMUNS DU CARE EN COLOMBIE
Mobilisée en janvier 2025 dans le cadre du projet Partenariats public-communs en matière de santé en Colombie, la méthode a permis de recalibrer l’ambition du projet, en ajustant des objectifs et des activités initialement en décalage, et d’alimenter le pilotage en cours de mise en œuvre.
Suites du projet
Cette approche fait avancer la réflexion sur l’usage de la recherche dans l’action publique en montrant qu’un bon suivi-évaluation peut être un outil de pilotage stratégique, et non seulement un instrument de contrôle. Elle met en évidence la nécessité de renforcer les capacités locales en suivi-évaluation, ainsi que les compétences en animation du dialogue entre science et décision publique.
Des questions restent toutefois ouvertes sur la pérennité des effets observés et la capacité à déployer cette approche à plus grande échelle. Une poursuite des expérimentations est en cours pour consolider la méthode et l’adapter à d’autres contextes. La boîte à outils sera par ailleurs prochainement déployée dans le cadre de projets de modélisation macroéconomique, illustrant la forte adaptabilité thématique de l’approche – l’une de ses principales valeurs ajoutées.
Contacts
- Stéphanie Leyronas, chargée de recherche à l'AFD
- Camille Tchounikine, chargée d'évaluation à l'AFD
- Annabelle Moreau Santos, chargée de médiation scientifique à l'AFD