Mention légale UE (projet) Comment les niveaux d’inégalités spatiales et la qualité des institutions interagissent-ils pour expliquer les différents niveaux de bien-être subjectif en Afrique du Sud ? La Facilité de recherche UE-AFD sur les inégalités tentera de répondre à cette question en collaboration avec l'Université du Cap (UCT).
Contexte
Malgré plusieurs initiatives pour promouvoir une croissance pro-pauvres, l'Afrique du Sud reste l'un des pays les plus inégalitaires au monde. Si l'on sait que l'histoire coloniale du pays et l'apartheid ont contribué à ce niveau d'inégalité, la nature et la dynamique de son impact sur la société ne sont pas encore totalement comprises.
La littérature suggère que de meilleures institutions et un niveau d'inégalité plus faible améliorent le bien-être subjectif. Cependant, les travaux de recherche examinant comment l'interaction entre ces deux variables agit sur les niveaux de bien-être sont relativement rares. Cette étude contribuera ainsi à une meilleure compréhension des inégalités en Afrique du Sud.
Ce projet fait partie de l'appel à propositions de recherche "Advancing the inequality agenda through collaborative research : identifying the priorities for a global Team Europe approach on inequalities", lancé par le Comité stratégique de la Facilité de recherche sur les inégalités. Il est coordonné par l'AFD et cofinancé par la Commission européenne, AECID et ENABEL.
Objectifs
Ce projet de recherche a deux objectifs principaux :
- Explorer comment les niveaux de gouvernance, évalués via les audits dans les municipalités de district d'Afrique du Sud, expliquent les variations du bien-être des individus.
- Étudier comment l'interaction entre les niveaux de gouvernance dans les municipalités locales et les inégalités entre les individus explique la variation du bien-être subjectif.
Méthode
Pour étudier les interactions entre la qualité des institutions et de la gouvernance, le niveau d'inégalités spatiales et le bien-être subjectif, les chercheurs utiliseront la National Income Dynamics Study (NIDS), une enquête nationale représentative des individus en Afrique du Sud, qui est répétée sur cinq vagues entre 2008 et 2017. Ils utiliseront également les résultats des audits des municipalités locales pour évaluer la qualité de la gouvernance.
Résultats
Vous trouverez ci-dessous le papier de recherche lié à ce projet :
Contact
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Anda DAVID
Économiste, coordinatrice scientifique de la Facilité UE-AFD sur les inégalités
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Dans le cadre du programme de recherche ECOPRONAT, l'AFD a soutenu le développement de méthodologies pour évaluer la soutenabilité environnementale d’un pays. Parmi elles : le cadre ESGAP, un « tableau de bord » qui permet de suivre l’état de plusieurs composantes de l’environnement. A partir des cas de l’Afrique du Sud et de Colombie, ce projet de recherche s’est aussi intéressé aux façons dont l’ESGAP pourrait servir aux décideurs publics pour piloter les politiques environnementales.
Contexte
Pour prioriser et évaluer l’efficacité de leurs actions en matière de conservation du capital naturel, les acteurs publics ont besoin de suivre l’état de l’environnement de façon objective. Pour cela, ils doivent pouvoir s’appuyer sur des valeurs de référence scientifiques.
Développée dans cette optique, l’ESGAP (Environmental Sustainability Gap) est une méthode de calcul d’indicateurs innovante qui évalue la distance qui sépare l’état des fonctions environnementales critiques d’un territoire concerné (qualité de l’air ou des eaux, pollutions, ressources forestières, halieutiques, etc.) de leur niveau de soutenabilité.
Depuis plusieurs années, l’AFD a soutenu des travaux de recherche pour tester cet outil dans différents contextes (Nouvelle-Calédonie, Kenya et Vietnam). Avec ce projet, elle souhaitait affiner la façon dont l’ESGAP peut rendre compte de l’état de la biodiversité et servir de guide aux politiques publiques pour estimer et préserver les fonctions critiques du capital naturel d’un pays donné.
Ce projet de recherche s’inscrit dans le cadre du programme de recherche ECOPRONAT, qui soutient des recherches sur une meilleure prise en compte et une plus grande intégration (mainstreaming) de la biodiversité dans des secteurs économiques-clés.
Objectif
S’appuyant sur les leçons des expériences dans d’autres pays, les chercheurs ont déployé le cadre ESGAP en Colombie et en Afrique du Sud et ont testé sa pertinence pour susciter un dialogue sur les politiques publiques environnementales. Pour cela, l’University College London et le Basque Centre for Climate Change se sont associés à des équipes de l’Université Stellenbosch (Afrique du Sud) et de l’Université nationale (UNAL) de Colombie.
Le projet avait quatre objectifs :
- Améliorer les indicateurs ESGAP relatifs à la biodiversité et à l'état des écosystèmes qui pourraient être utilisés par les gouvernements colombien et sud-africain, et promouvoir l’utilisation par les pouvoirs publics d’objectifs fondés sur la science ;
- Promouvoir la réflexion sur la soutenabilité forte en Colombie et en Afrique du Sud par le biais du cadre ESGAP, en évaluant si le développement de ces pays se situent dans un espace de fonctionnement sûr pour la vie humaine (safe operating space for humanity) ;
- Clarifier de quelle manière le cadre ESGAP s'aligne, complète et apporte une valeur ajoutée aux autres types d’indicateurs de durabilité que les deux gouvernements utilisent déjà ;
- Au-delà des travaux de recherche, renforcer la capacité des pays partenaires à utiliser le cadre ESGAP, notamment à travers des activités de formation d’étudiants de troisième cycle et des activités de sensibilisation des décideurs politiques.
Méthode
Le cadre ESGAP repose sur un tableau de bord qui renseigne sur les évolutions de l’état de 23 composantes de l’environnement. Ces composantes couvrent les 4 grandes catégories de fonctions environnementales critiques et essentielles : la fourniture de ressources, le retraitement des pollutions, le maintien de la biodiversité et la santé humaine.
Leur état à un moment donné est comparé à une valeur considérée par la science comme « soutenable » (c'est-à-dire compatible avec la préservation de la vie et des activités humaines). L’écart entre les deux est « l’écart de soutenabilité environnemental » : plus il est grand, plus le chemin à parcourir pour atteindre le stade de soutenabilité environnemental est important.
Les scores des 23 composantes sont ensuite agrégés pour donner une vue globale de l’état de l’environnement, notée sur 100. Un résultat de 100 pour 100 serait obtenu si les indicateurs de toutes les composantes correspondaient aux valeurs de référence de soutenabilité.
En savoir plus sur la méthodologie ESGAP
Résultats
Le projet de recherche a permis de poursuivre le développement de l’outil ESGAP en testant sa pertinence pour des pays où les données environnementales peuvent être moins accessibles et les infrastructures de données moins avancées. Il a aussi permis d’approfondir les réflexions sur les façons d’opérationnaliser le cadre ESGAP, notamment sur sa complémentarité avec d’autres indicateurs.
En Colombie et en Afrique du Sud, un travail spécifique a été mené pour améliorer les indicateurs liés au maintien de la biodiversité car, si ces deux pays disposaient d’un cadre règlementaire et d’un pilotage des ressources naturelles, toutes les données – notamment sur la biodiversité – n’étaient pas toujours disponibles.
En matière de renforcement de capacités, cinq étudiants et jeunes chercheurs – dont quatre femmes – ont été impliqués dans le cadre de leurs cursus de formation sur ces recherches. Les résultats ont également été présentés aux pouvoirs publics colombiens et sud-africains.
A la fin du projet, un webinaire de la série « Conversations de recherche » a permis de présenter les résultats des articles à la communauté scientifique à la fin du projet.
Pour l’Afrique du Sud, le score global d’écart à la soutenabilité environnementale est de 42/100. Des défis importants existent sur les indicateurs liés à la santé humaine : émissions de CO2, pollution de l’air ambiant et pollutions microbiologiques de l’eau. En revanche, l’Afrique du Sud obtient de bons scores sur les indicateurs relatifs à la préservation de la biodiversité, la pollution de l’air intérieur, l’exploitation des ressources en eaux souterraines et la consommation de substances appauvrissant la couche d’ozone.
Des acteurs institutionnels clés – l’Institut sud-africain de la biodiversité (SANBI), le ministère de l’Environnement – ont accueilli positivement les résultats de recherche lors d’un séminaire organisé par le South African Institute of International Affairs (SAIIA) pour présenter et discuter les résultats. La soixantaine de participants a pu discuter des pistes pour intégrer ces résultats aux stratégies nationales (stratégie biodiversité, contribution déterminée au niveau national et plans climatiques municipaux) ; ils ont aussi souligné la nécessité d’un processus collaboratif formel pour adapter et opérationnaliser ce cadre.
Télécharger le rapport de recherche sur l’ESGAP de l’Afrique du Sud
Pour la Colombie, le score global d’écart à la soutenabilité environnementale est de 32/100, ce qui montre d’importantes marges de progression. De bons scores sont obtenus dans les domaines pour lesquels le pays a pris des engagements internationaux et fixé des objectifs clairs, comme la consommation de substances nocives pour la couche d’ozone. En revanche, le cadre ESGAP met en évidence des points de vulnérabilité critiques, qui nécessitent une attention urgente : exploitation des ressources forestières et halieutiques ; émissions de CO2 ; pollution des eaux de surface ; santé des écosystèmes côtiers ; conservation de la biodiversité endémique ; conservation des sites naturels du patrimoine mondial.
En Colombie, l’indicateur a été construit à partir d’évaluations réalisées par le ministère de l’Environnement. Le cadre ESGAP n’a pu être appliqué que sur 17 de ses 23 composantes, mettant en avant d’importants problèmes de disponibilité des données dans certains domaines (comme les ressources en eaux souterraines, le suivi des pollutions chimiques des écosystèmes terrestres ou les indicateurs de santé des écosystèmes).
Un atelier avec plusieurs ministères a permis de présenter et discuter les résultats, ce qui a généré des échanges sur la qualité des données et des valeurs de références retenues, ainsi que sur la manière de mieux utiliser ces résultats pour formuler des recommandations de politiques publiques concrètes. Un résumé pour les décideurs a spécifiquement été rédigé pour le cas colombien.
Aller plus loin
- Papier de recherche : Assessing environmental sustainability in Colombia: Metrics and policy recommendations, Environmental and Sustainability Indicators n°27 (2025)
- Policy brief: Enhancing Environmental Sustainability Through the Environmental Sustainability Gap (ESGAP) Framework in Colombia (2024)
- Infographie : Mesurer l’état de l’environnement : que retenir de l’analyse ESGAP en Colombie ? (2024)
Ce projet de recherche a permis d’approfondir les réflexions sur l’opérationnalisation du cadre ESGAP, et notamment sa complémentarité avec d’autres cadres d’indicateurs internationaux.
- Les limites du cadre des ODD
L’équipe de recherche a montré que le cadre de suivi de l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD), notamment environnementaux, ne garantit pas que l’atteinte de la soutenabilité environnementale soit correctement mesurée : la plupart des indicateurs utilisés ne font pas référence aux fonctions environnementales critiques et une minorité s’accompagne de valeurs de soutenabilité de référence.
Lire le papier de recherche : The SDGs Provide Limited Evidence That Environmental Policies Are Delivering Multiple Ecological and Social Benefits, Earth's Future, vol.12 (mai 2024)
- Le potentiel du système de comptabilité environnementale et économique (SEEA)
L’équipe recommande d’améliorer l’usage par les décideurs publics du système de comptabilité environnementale et économique (SEEA). Recommandé par les Nations unies, il est pourtant peu utilisé jusqu’à présent pour suivre l’atteinte des ODD ou du Cadre mondial de la biodiversité. La solution serait d’intégrer des valeurs de référence scientifiques de soutenabilité (comme celles du cadre ESGAP) dans les comptes écosystémiques du SEEA : cela permettrait de quantifier les écarts par rapport à des seuils écologiques et d’améliorer ainsi son utilité pour le suivi de l’atteinte des objectifs de soutenabilité des ODD ou ceux relatifs à la biodiversité.
Lire le policy brief : Mobiliser des indicateurs de soutenabilité forte pour atteindre les objectifs de durabilité mondiale
Lire le papier de recherche : Strong sustainability in the SEEA and the wider indicator landscape, One Ecosystem (mai 2025)
Enseignements
Le cadre ESGAP constitue un outil réplicable de suivi de la durabilité environnementale d’un pays et peut éclairer les décideurs publics sur les actions à mener. Complémentaire d’autres indicateurs, il souligne l’importance des valeurs de référence de soutenabilité fondées sur la science pour bien évaluer l’efficacité des politiques publiques environnementales.
L’approche ESGAP est récente mais gagne en légitimité scientifique. Elle est considérée à ce jour comme produisant les indicateurs de développement en soutenabilité forte les plus crédibles (Neumayer, 2025). Elle a aussi été citée comme une méthodologie particulièrement adaptée à l’évaluation des cadres de politiques nationales pour la soutenabilité environnementale (par le WWF) et l’évaluation des risques financiers liés à la nature (par le NGFS).
Tandis que d’autres recherches ont permis de développer l’approche ESGAP dans différents pays développés (Europe et Japon notamment), les recherches soutenues par l’AFD via le programme ECOPRONAT ont permis de montrer qu’il est possible d’adapter le cadre d’analyse ESGAP à des pays du Sud (Kenya, Vietnam, Colombie et Afrique du Sud). Il permet ainsi de dresser un panorama innovant et parlant du degré de soutenabilité de l’environnement d’un pays.
Comme toutes les données ne sont pas systématiquement disponibles pour mener l’analyse ESGAP, des indicateurs adaptés à chaque pays peuvent être développés. Le revers de la médaille : il n’est pas possible de comparer les pays entre eux. De nouvelles recherches vont être lancées par l’AFD pour proposer un cadre ESGAP uniformisé et permettre de comparer les performances environnementales des pays entre eux. Cela équivaudrait à une sorte d’indice de développement humain (IDH), mais pour la nature.
Dans les pays du Sud, le panorama de la soutenabilité de l’environnement est souvent incomplet en raison des données, qui peuvent être :
- Manquantes : il y a des angles morts dans le système de statistique environnementale ;
- Existantes mais difficilement accessibles (non compilées, éparpillées, non publiques…), ce qui ne permet pas d’alimenter le tableau de bord nécessaire aux autorités publiques, aux chercheurs ou au grand public ;
- Existantes et accessibles, mais dépourvues de valeur de référence de soutenabilité basée sur la science, ce qui ne permet pas une évaluation rigoureuse de la soutenabilité de ces fonctions.
Mener une analyse ESGAP révèle ainsi les angles morts du suivi de l’état de l’environnement et donc de l’évaluation de l’efficacité des politiques publiques environnementales par certains pays. Cela peut aider un pays à identifier des actions concrètes pour s’assurer que les connaissances sont disponibles et accessibles pour guider les actions en faveur de la biodiversité (cible 21 du Cadre mondial de la biodiversité). Plus largement, des investissements dans l’amélioration des systèmes de collecte de données environnementales sont essentiels pour évaluer avec précision l’état de l’environnement et l’efficacité des politiques mises en œuvre, facilitant ainsi une meilleure prise de décision.
Le fait de tester l’ESGAP en Colombie et en Afrique du Sud a aussi permis de tester son utilité pour initier des dialogues autour des politiques environnementales. Les résultats ont pu être discutés entre chercheurs et décideurs publics, et des recommandations de politiques publiques ont été formulées pour les deux pays. Cette mise en débat a montré que, même si l’analyse ESGAP est partielle du fait du manque de données, elle peut aider à intégrer la biodiversité dans la prise de décision (cible 14 du Cadre mondial de biodiversité).
Le projet a pu démontrer en quoi l’ESGAP est complémentaire d’autres indicateurs. Il peut notamment s’intégrer au système de comptabilité environnementale et économique (SEEA) recommandé par les Nations unies et il peut améliorer le dispositif de suivi des ODD et du Cadre mondial de la biodiversité.
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Contact
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Oskar LECUYER
Economiste
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Julien CALAS
Chargé de recherche, expert biodiversité
Le programme ECOPRONAT explore les leviers pour intégrer la biodiversité dans différents secteurs économiques. Dans le cadre de ce programme, l’AFD collabore avec l'Institut national sud-africain de la biodiversité (SANBI) pour mettre en relation de manière innovante les enjeux agricoles et les enjeux de conservation des écosystèmes naturels en étudiant les modèles économiques des exploitations agricoles et les leviers de développement de l’économie de la faune.
Contexte
Le ministère de l'Agriculture, du Développement rural et de la Réforme agraire d’Afrique du Sud aide les personnes (ou leurs descendants) qui ont été exclues de l'économie agricole formelle en raison de leur couleur de peau et qui ont récemment commencé à s'engager dans l'agriculture commerciale avec le soutien et l'assistance de l'État. Ce vaste programme est mis en œuvre par le biais du programme de réforme agraire, dans le cadre duquel des fonds de recapitalisation et de développement (Recap) sont utilisés pour aider les bénéficiaires de la réforme agraire à créer des entreprises viables.
Toutefois, ce programme reste axé sur des modèles traditionnels de systèmes de culture et d'élevage. Le consortium de chercheurs rassemblé par l'institut SANBI suggère que le programme de réforme agraire gagnerait à intégrer le paradigme des services écosystémiques pour aider à réduire les inégalités et accroître les avantages du transfert de terres de manière plus holistique (Clements et al. 2021). Le consortium de recherche travaille à intégrer le développement des entreprises du secteur de l'économie de la faune et de la flore dans le champ d'investissement du programme Recap.
Plus spécifiquement, le projet de recherche s’intéresse à l’économie de la faune (wildlife economy), qui peut être définie comme l’élevage et l’utilisation commerciale d’animaux sauvages pour la chasse, la vente de la viande de gibier, d’animaux vivants ou l’écotourisme. Cette activité économique peut constituer une interface entre conservation et agriculture mais, bien qu’ancrée depuis de nombreuses années en Afrique du Sud, elle demeure peu étudiée. Dès lors, les décideurs publics manquent de données sur le fonctionnement de cette économie de la faune ainsi que sur ses impacts socio-économiques et environnementaux.
Le développement de connaissances et d’outils d’aide à la décision sur cette économie de la faune, avec l’appui du programme de recherche Ecopronat, constitue donc une opportunité de meilleure gestion des terres agricoles et des écosystèmes naturels au profit des bénéficiaires du programme de réforme agraire. La méthodologie d’enquête et les enseignements en Afrique du Sud seront utilisés pour des échanges avec les autorités kenyanes, qui mènent également des études sur le rôle de l’économie de la faune sauvage dans ce pays.
Ce projet fait partie du programme de recherche Ecopronat, qui soutient des recherches en faveur d'une meilleure prise en compte et d'une plus grande intégration (mainstreaming) de la biodiversité dans des secteurs économiques-clés.
Objectif
Ce projet de recherche a pour objectif de soutenir, à long terme, l’élaboration de politiques agricoles durables en Afrique et le développement de la recherche sur l’économie de la faune en Afrique du Sud et au Kenya. A travers ses travaux, le consortium de chercheurs mobilisés vise à produire des connaissances et des outils pour enclencher une transition à grande échelle : passer d’une utilisation des terres qui dégrade les écosystèmes à des entreprises d’élevage d’animaux sauvages rentables qui restaurent le capital naturel, créent des emplois et catalysent les investissements pour étendre les domaines de conservation.
Pour cela, le projet vise à :
- Développer les connaissances fondamentales sur l’économie de la faune pour faciliter son intégration dans les politiques publiques agricoles et dans les politiques publiques de biodiversité (production de données sur les modèles d’exploitation, leur viabilité, les besoins en matière d’investissement et de développement des compétences, etc.) ;
- Co-produire des outils d’aide à la décision permettant aux acteurs locaux, entreprises et pouvoirs publics d’adapter leurs politiques et investissements et de créer un impact systémique ;
- Créer une communauté de pratiques régionale pour renforcer les capacités de recherche au Sud et le développement de l’économie des espèces sauvages. Deux étudiants de master sont notamment mobilisés sur ce projet, mené par SANBI en partenariat notamment avec les universités sud-africaines de Rhodes, Stellenbosch et Nelson Mandela.
Méthode
Ce projet de recherche repose sur la construction participative de connaissances (à travers notamment des ateliers de formation) et le développement de méthodes d’enquête permettant de recueillir des données sociales, économiques et écologiques. Ces informations sont utilisées pour produire des outils d’aide à la décision par le biais d’analyses statistiques et de visualisation de données. Un outil de sélection géospatiale est notamment développé dans le cadre du projet afin d’identifier les actions et investissements à entreprendre.
La méthodologie consiste à collecter des données auprès des entreprises d'élevage d'animaux sauvages établies en Afrique du Sud et au Kenya, sur les contributions de l'industrie de la faune sauvage à la biodiversité, à la restauration des terres et au développement socio-économique. L’équipe convertira ces informations de manière à les rendre plus accessibles par le biais d'analyses statistiques et de visualisation des données, puis établira des outils d'aide à la décision pour aider les nouveaux agriculteurs émergents à créer des entreprises dans l'économie de la faune et de la flore sauvages et à étendre ainsi le domaine de l'élevage de la faune et de la flore sauvages.
Résultats
L’équipe de recherche a publié des articles scientifiques sur le fonctionnement de l’économie de la faune et sur ses impacts socio-économiques et environnementaux :
- Clements, H.S., Child, M.F., Lindeque, L. et al. Lessons from COVID-19 for wildlife ranching in a changing world, Nature Sustainability 5, 1040–1048 (2022).
- Denner, C., Clements, H. S., Child, M. F., & De Vos, A. (2024). The diverse socioeconomic contributions of wildlife ranching, Conservation Science and Practice, 6(7), e13166.
Elle a travaillé avec l’administration publique pour que ces informations puissent être utilisées par les acteurs locaux. Leurs données, issues d’enquêtes auprès d’un échantillon représentatifs d’exploitants de faune sauvage, ont alimenté les fiches d’information sur l'économie de la faune sauvage mises en ligne par le Département de l'environnement, des forêts et de la pêche d'Afrique du Sud (DFFE), accessibles sur la plateforme Biodiversity Sector Investment. Celle-ci vise à informer les citoyens et investisseurs sud-africains qui souhaitent se lancer dans ce type d’activité.
Les travaux de recherche ont aussi contribué à éclairer la prise de décision au niveau local, en lien avec la révision de la nouvelle stratégie nationale pour une économie fondée sur la biodiversité (National Biodiversity Economy Strategy) et les débats qu’elle suscite concernant l’exploitation de la biodiversité à des fins économiques.
Enfin, l’équipe a vulgarisé ses résultats dans The Conversation Africa, en analysant comment différents modèles d’exploitation de la faune peuvent contribuer au développement local et à l’inclusion des populations défavorisées.
Enseignements
Le projet de recherche a débouché sur plusieurs grands enseignements :
Les chercheurs montrent que les activités d’exploitation de la faune sauvage contribuent à des paysages plus riches en biodiversité en citant une série d’articles scientifiques évaluant les effets de ces activités en Afrique du Sud (ou d’autres pays d’Afrique australe). Certains de ces articles (listés ci-dessous) montrent, par exemple, que des activités d’exploitation de la faune sauvage présentent des densités d’animaux sauvages par hectare supérieurs à ceux que l’on trouve sur des territoires où se développent des activités d’agriculture et d’élevage conventionnelle.
- Shumba, T., De Vos, A., Biggs, R., Esler, K. J., Ament, J. M., & Clements, H. S. (2020). Effectiveness of private land conservation areas in maintaining natural land cover and biodiversity intactness. Global Ecology and Conservation, 22, e00935.
- Taylor, W. A., Child, M. F., Lindsey, P. A., Nicholson, S. K., Relton, C., & Davies-Mostert, H. T. (2021). South Africa’s private wildlife ranches protect globally significant populations of wild ungulates. Biodiversity and Conservation, 30(13), 4111-4135.
- Saayman, M., van der Merwe, P., & Saayman, A. (2018). The economic impact of trophy hunting in the South African wildlife industry. Global Ecology and Conservation, 16, e00510.
- Lindsey, P. A., Romanach, S. S., & Davies‐Mostert, H. T. (2009). The importance of conservancies for enhancing the value of game ranch land for large mammal conservation in southern Africa. Journal of Zoology, 277(2), 99-105.
L’équipe de recherche a identifié en Afrique du Sud six grands modèles économiques pour les ranchs exploitant la faune sauvage et s’est intéressée à la contribution de chaque modèle à l’emploi, à leur rentabilité et à leurs impacts socio-économiques :
- Trois modèles spécialisés : l’écotourisme ; la chasse au trophée ; l’élevage de faune sauvage ;
- Trois modèles mixtes : chasse mixte (chasse de gibier pour la consommation et chasse au trophée) ; élevage de faune sauvage et agriculture ; chasse au trophée et production de viande de gibier.
Globalement, les modèles spécialisés (en particulier chasse aux trophées et écotourisme) sont plus rentables et génèrent davantage d’emplois de qualité que les modèles mixtes ou axés sur la production (chasse de gibier, vente de gibier) :
- Du point de vue de l’emploi : les ranchs d'écotourisme emploient plus de personnes au total et par hectare, ainsi qu’une plus grande proportion de femmes et d'employés qualifiés, par rapport aux autres modèles d'élevage et à l'agriculture conventionnelle. Ceux de chasse au trophée arrive en seconde position (par hectare), bien qu'en moyenne, un tiers de ces emplois soient saisonniers. La chasse aux trophées et les modèles mixtes offrent également de nombreux avantages non salariaux aux employés.
- Du point de vue de la rentabilité : ce sont les modèles spécialisés en chasse aux trophées qui sont les plus rentables (marge bénéficiaire médiane = 33%).
Les modèles spécialisés en élevage sont moins performants que les deux autres modèles spécialisés, tant du point de vue de la rentabilité que de la contribution à l’emploi.
En revanche, les modèles spécialisés se sont montrés très peu résilients (notamment lors de la crise du Covid-19) tandis que les modèles mixtes, certes moins rentables se sont montrés beaucoup plus résilients. La volatilité du secteur de la chasse et du tourisme souligne la nécessité d’études à long terme et de politiques adaptées.
De façon générale, les ranchs spécialisés sur l’écotourisme et la chasse au trophée irriguent l’économie locale :
- Ayant des coûts d’exploitation élevés, ils achètent plus de biens et de services (que les modèles moins spécialisés) et génèrent plus d’activité autour d’eux en faisant travailler plus d’acteurs locaux.
- Les modèles spécialisés, notamment l’écotourisme, emploient plus de femmes et offrent de meilleurs salaires que l’agriculture conventionnelle. Les chercheurs sud-africains soulignent le potentiel des ranchs spécialisés pour promouvoir l’emploi des femmes et répondre aux objectifs de développement durable en matière d’équité. Par exemple, dans les ranchs axés sur l’écotourisme, plus de 2 employés sur 5 sont des femmes.
- Contrairement aux critiques sur la précarité de ces emplois, la majorité des postes sont permanents, sauf dans la chasse aux trophées, où ils sont saisonniers. En ce sens, des salaires plus élevés et une baisse de la saisonnalité de l’emploi entraînent une baisse de la précarité favorable à l’économie.
Cependant, les modèles spécialisés nécessitent de vastes terrains et des infrastructures coûteuses, ce qui constitue une barrière à l’entrée des populations sud-africaines défavorisées. A l'inverse, les modèles mixtes, plus accessibles, pourraient favoriser une meilleure inclusion sociale et des populations historiquement défavorisées dans ce secteur tout en créant des paysages plus riches en biodiversité que ceux créés par des activités d’élevage ou d’agriculture conventionnelle.
Les chercheurs recommandent de prendre en compte la diversité des modèles économiques pour mieux intégrer les activités tirant parties de l’exploitation de la faune sauvage dans les politiques de conservation et de développement économique.
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ESTEEM Rwanda : mieux comprendre les risques climatiques pour protéger l’économie
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