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La deuxième forêt tropicale du monde est menacée de déforestation. Sur place, l’AFD multiplie ses soutiens aux projets de gestion durable des écosystèmes forestiers.

Le bassin du Congo abrite la deuxième plus vaste forêt tropicale du monde, après l’Amazonie. C’est une incroyable réserve de biodiversité, avec plus de 400 espèces de mammifères, 1 000 espèces d’oiseaux et 10 000 espèces de plantes. C’est aussi un immense puits de carbone – 10 % du CO2 capté par les végétaux dans le monde – ainsi qu’une source d’alimentation indispensable à plus de 60 millions d’humains.

Cette immense forêt qui s’étend sur 286 millions d’hectares est aujourd’hui confrontée à des dégradations et des opérations de déforestation dues à l’extension des terres agricoles, aux besoins des populations locales en bois de chauffe et de construction, à l’exploitation minière, ainsi qu’au commerce illégal du bois.

Autoriser l’exploitation pour mieux protéger

Pour y faire face, l’Agence française de développement (AFD) et de nombreux autres acteurs (États, bailleurs, ONG) soutiennent des modèles de gestion forestière responsable, mis en œuvre par des entreprises forestières et contrôlés par des organismes de certification.

“ L’exploitation responsable des forêts est un juste milieu
entre les besoins des populations locales,
le développement économique et leur sauvegarde ”

 

Autoriser la coupe de bois pour protéger une forêt tropicale peut sembler paradoxal. « C’est pourtant la meilleure façon d’y parvenir aujourd’hui, assure Christophe du Castel, référent biodiversité à l’AFD. L’exploitation responsable des forêts est un juste milieu entre les besoins des populations locales, le développement économique et leur sauvegarde. »

« Les populations de grands mammifères africains menacés d’extinction, comme les gorilles ou les éléphants de forêt, sont parfois plus importantes dans les concessions forestières gérées de façon responsable que dans les parcs naturels nationaux voisins, souligne Mathieu Auger-Schwartzenberg, responsable d’équipe projet à la division Agriculture, développement rural et biodiversité de l’AFD. Les parcs n’ont pas les mêmes moyens, tandis qu’un bon gestionnaire forestier c’est avant tout un modèle économique et social viable. À condition qu’il continue à améliorer ses pratiques. »

Un cadre légal contraignant

L’exploitation forestière durable entend remédier aux pratiques classiques d’exploitation, qui n’avaient par ailleurs que peu de retombées pour les populations locales. Elle consiste, pour l’État propriétaire d’une surface forestière, à attribuer sa gestion à un opérateur privé avec l’obligation de la gérer suivant un cadre légal et normatif contraignant, qui exige notamment la mise en œuvre d’un plan d’aménagement forestier.

Celui-ci consiste pour l’exploitant à planifier les activités qui auront lieu sur la concession. Il s’agit notamment d’y distinguer plusieurs secteurs : ceux consacrés à la protection des espèces locales, ceux dédiés aux besoins des communautés voisines, et enfin ceux réservés à l’exploitation du bois. Dans ces derniers, un inventaire précis est réalisé afin d’identifier quels arbres pourront être coupés et lesquels devront poursuivre leur croissance afin d’assurer la diversité biologique de l’écosystème.

“ Dans le bassin du Congo,
un exploitant forestier qui applique les normes proposées
coupe en moyenne 1,3 arbre à l’hectare,
et ce tous les 25 à 30 ans ”

 

Une fois le quota atteint dans une parcelle donnée, l’exploitant n’y abat plus d’arbres pendant une très longue période. Cette accalmie permet à la forêt et à la biodiversité de se reconstituer naturellement. « Dans le bassin du Congo, un exploitant forestier qui applique les normes proposées coupe en moyenne 1,3 arbre à l’hectare, et ce tous les 25 à 30 ans », détaille Christophe du Castel.

Faible taux de déforestation

L’encadrement de l’exploitation forestière par des plans d’aménagement a porté ses fruits dans la région. En République centrafricaine, où toutes les concessions sont gérées de la sorte, la déforestation annuelle s’est stabilisée entre 1990 et 2005. Au Gabon, où 44 % du territoire forestier est couvert par de telles concessions, le taux de déforestation n’a pas dépassé 0,04 % par an entre 2000 et 2010, selon une étude de l’Observatoire des forêts d’Afrique centrale (OFAC).

« Le bassin du Congo affiche le taux de déforestation le plus faible de toutes les forêts tropicales », observe Mathieu Auger-Schwartzenberg. Une équipe internationale constituée de 22 chercheurs a également montré qu’à production égale, la déforestation brute engendrée par les sociétés forestières non soumises à un plan d’aménagement forestier était deux fois supérieure à celle constatée dans les zones contrôlées par celles qui s’y conformaient.

La situation pourrait malheureusement s’aggraver. Des modèles scientifiques relayés par l’OFAC prédisent que la déforestation liée à l’expansion des terres agricoles pour les cultures et l’élevage dans le bassin du Congo devrait entraîner une perte totale de 26 millions d’hectares de forêts entre 2010 et 2030, soit 10 % du couvert forestier régional. Entre développement agricole et protection des forêts, les pays concernés devront choisir.

Biodiversité et développement économique

« La République démocratique du Congo est récemment devenue le deuxième pays en termes de perte de forêts tropicales intactes. Il s’agit désormais d’anticiper les menaces qui pèseront sur ces espaces, jusqu’ici peu concernés par les grands développements agro-industriels », prévient Mathieu Auger-Schwartzenberg.


Lire aussi : Étude d’évaluation d’impact des modes de gestion forestière sur le couvert forestier dans le bassin du Congo


L’exploitation forestière responsable ne vise pas seulement à protéger l’environnement : elle entend aussi y associer davantage les populations locales. Les plans d’aménagement forestier mis en place dans les pays avec le soutien de l’AFD leur font aujourd’hui une plus grande place, notamment en termes de bénéfices socio-économiques.

« La forêt est pour les populations voisines un lieu de biodiversité et de développement économique. Elles doivent donc pouvoir trouver leur place dans les plans de gestion forestiers, souligne Christophe du Castel. On peut par exemple inscrire des règles d’usage particulières, comme le droit de couper le bois dont elles ont besoin pour se chauffer et cuisiner, celui d’y prélever du gibier ainsi qu’un meilleur partage des bénéfices issus de l’exploitation. »

Partage des bénéfices

Pour l’Agence française de développement, ces mécanismes de partage de bénéfices avec les populations doivent être améliorés. Des projets récemment financés y contribuent, comme celui mené sur le paysage forestier au Nord-Congo : 6 millions d’euros ont été engagés par l’AFD pour assurer la préservation de la biodiversité et un partage plus équitable des bénéfices de la rente forestière.

Certains opérateurs forestiers s’engagent aussi à construire des routes, à financer des écoles ou des centres de santé pour améliorer le quotidien des habitants. En plus de créer de l’emploi. « Les sociétés forestières sont les deuxièmes pourvoyeuses d’emploi après les États dans le bassin du Congo. Un rapport du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) montre leur contribution largement positive à l’amélioration des conditions de vie des populations locales lorsque la gestion des parcelles est responsable », se félicite Mathieu Auger-Schwartzenberg.

Le soutien de l’Agence française de développement a été décisif pour permettre aux États de mettre en place un cadre réglementaire adapté aux entreprises et faire évoluer leurs pratiques. « Les États n’ont pas toujours les moyens d’encourager les forestiers responsables, de surveiller leurs pratiques, ainsi que celles des exploitants informels, et d’endiguer la demande en terres agricoles dans ces vastes régions naturelles », précise Christophe du Castel.

Des concessions immenses

À leur décharge, les concessions en gestion durable sont immenses dans le bassin du Congo, où il est courant qu’un seul exploitant ait la main sur 300 000, 600 000, voire un million d’hectares – une superficie équivalente à celle du Liban. 

Pour garantir une exploitation raisonnée au Cameroun, l’AFD a par exemple soutenu un projet permettant de doter le pays d’une capacité de suivi du couvert forestier par images satellites. Au Gabon, le ministère de la Forêt, de l’Environnement et de la Protection des ressources naturelles a pu bénéficier de matériel et de formation aux méthodes de contrôle des exploitations, et a été accompagné dans la mise en place d’un mécanisme indépendant de vérification des contrôles effectués sur le terrain. L’AFD y a aussi financé un autre projet en vue de mobiliser des organisations de la société civile pour mieux surveiller les pratiques des exploitants forestiers.

“ Il y a aujourd’hui 5,4 millions d’hectares de forêts
certifiés FSC (Forest stewardship council)
dans le bassin du Congo ”

 

« Il y a aujourd’hui 5,4 millions d’hectares de forêts certifiés FSC (Forest Stewardship Council) dans le bassin du Congo. Une partie est due aux projets soutenus par l’Agence française de développement, observe Mathieu Auger-Schwartzenberg. Il reste cependant beaucoup à faire pour renforcer la gouvernance forestière. »

Une gouvernance qui peut faire défaut pas seulement dans le bassin du Congo d'ailleurs : dans le bassin tropical du sud-est de l’Asie ainsi qu’en Amazonie, les problèmes aussi existent, au Brésil par exemple, à peine 1 million d’hectares de forêt naturelle tropicale sont certifiés en exploitation durable… Les forêts y subissent pourtant aussi la pression croissante des activités humaines.

 


Les 4 piliers d’un plan d’aménagement forestier :

  1. Des règles d’usage pour chaque zone concernée
  2. Des droits d’usage pour les populations
  3. Des règles d’exploitation forestière
  4. Des mesures de suivi et de contrôle

 

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