Dans le cadre du programme ECOPRONAT, l’AFD collabore avec l’IHE Delft Institute for Water Education et l’université Makerere en Ouganda pour comprendre les contraintes institutionnelles et socio-économiques liées à la restauration des zones humides et identifier les leviers pour permettre le passage à l’échelle d’initiatives de restauration durable, tant du point de vue des écosystèmes naturels que des activités humaines qui en dépendent.
Contexte
Les zones humides d’Ouganda comptent parmi les écosystèmes les plus productifs en termes de services écosystémiques d’Afrique de l’Est. Outre leurs fonctions écologiques, elles fournissent ainsi plus de 50% du revenu mensuel des populations qui en dépendent. Cependant, le taux de dégradation de ces zones humides est plus de 70 fois supérieur à leur taux de restauration. Artificialisation et croissance urbaine, habitat informel, activités agricoles, pollutions diverses ou extraction illégale de sable et d’argile : autant de causes qui contribuent à la dégradation de ces écosystèmes. De nombreux projets de restauration ont pourtant déjà été menés en Ouganda et l’ensemble des connaissances produites sur les zones humides du pays est important. Renforcer les liens entre la recherche et la mise en œuvre des politiques publiques apparaît donc essentiel pour faciliter et améliorer l’extension de la restauration durable des zones humides en Ouganda.
Ce projet fait partie du programme de recherche ECOPRONAT, qui soutient des recherches sur une meilleure prise en compte et une plus grande intégration (mainstreaming) de la biodiversité dans des secteurs économiques-clés.
Objectif
L’objectif de ce projet est, à partir de deux cas d’études, de faciliter et d’améliorer le passage à l’échelle de la restauration durable des zones humides en Ouganda par :
- L’identification des contraintes institutionnelles et socio-économiques pesant sur les projets de restauration, en s’appuyant notamment sur les résultats de recherche disponibles et les leçons tirées des expériences menées en Ouganda ;
- L’analyse des effets des projets de restauration sur les écosystèmes naturels et leur durabilité ;
- Le développement d’outils pour soutenir la prise de décision ;
- Le renforcement des capacités des acteurs clés dans la restauration et la gestion des zones humides.
L’IHE Delft Institute for Water Education, en partenariat avec l’université de Makerere, le ministère de l’Eau et de l’Environnement d’Ouganda et l’ONG NatureUganda, mobilise ses vingt ans d’expérience dans la recherche en Ouganda sur les zones humides pour répondre à ces enjeux.
Méthode
Ce projet s’appuie sur l’analyse de deux zones humides ougandaises – celles de Lubigi et Rufuha, l’une urbaine et l’autre rurale – et s’articule autour de plusieurs questions de recherche pour atteindre ses objectifs :
- Comprendre les enjeux liés aux zones humides et synthétiser les connaissances et pratiques de restauration ;
- Caractériser les institutions, la gouvernance et le processus de développement de la restauration des zones humides ;
- Analyser la participation des communautés locales à la restauration des zones humides et évaluer la contribution économique de ces écosystèmes aux revenus des ménages ;
- Evaluer l’impact de la restauration sur la biodiversité des zones humides et sur fourniture de services écosystémiques ;
- Développer et tester un cadre d’indicateurs pour le suivi de la restauration des zones humides et développer des outils pour la prise de décision.
Le renforcement de la capacité des agences de mise en œuvre pour la gestion de la restauration, notamment par la communication des résultats du projet aux acteurs publics, constitue également un axe clé de la méthodologie de ce projet.
Résultats
Ce processus de recherche doit donner lieu à la production de rapports d’analyse scientifique sur les contraintes et les enjeux liés aux projets de restauration des zones humides. Des notes politiques et des produits de connaissance autour du suivi, de l’évaluation et du déploiement de la restauration écologique des zones humides sont également attendus.
Un webinaire de la série "Conversations de recherche" organisé en septembre 2024 a permis de présenter et de discuter des résultats de recherche du projet.
Voir le replay : Restaurer les zones humides en Ouganda : une approche intégrée pour des solutions durables ?
Contact
-
Julien CALAS
Chargé de recherche, expert biodiversité
Découvrir d'autres projets de recherche sur la biodiversité
Élaborer un cadre stratégique pour les solutions fondées sur la nature en ville
En cours
2022 - 2024
Le programme ECOPRONAT explore les leviers pour intégrer la biodiversité dans différents secteurs économiques. Dans le cadre de ce programme, l’AFD collabore avec l'Institut national sud-africain de la biodiversité (SANBI) pour mettre en relation de manière innovante les enjeux agricoles et les enjeux de conservation des écosystèmes naturels en étudiant les modèles économiques des exploitations agricoles et les leviers de développement de l’économie de la faune.
Contexte
Le ministère de l'Agriculture, du Développement rural et de la Réforme agraire d’Afrique du Sud aide les personnes (ou leurs descendants) qui ont été exclues de l'économie agricole formelle en raison de leur couleur de peau et qui ont récemment commencé à s'engager dans l'agriculture commerciale avec le soutien et l'assistance de l'État. Ce vaste programme est mis en œuvre par le biais du programme de réforme agraire, dans le cadre duquel des fonds de recapitalisation et de développement (Recap) sont utilisés pour aider les bénéficiaires de la réforme agraire à créer des entreprises viables.
Toutefois, ce programme reste axé sur des modèles traditionnels de systèmes de culture et d'élevage. Le consortium de chercheurs rassemblé par l'institut SANBI suggère que le programme de réforme agraire gagnerait à intégrer le paradigme des services écosystémiques pour aider à réduire les inégalités et accroître les avantages du transfert de terres de manière plus holistique (Clements et al. 2021). Le consortium de recherche travaille à intégrer le développement des entreprises du secteur de l'économie de la faune et de la flore dans le champ d'investissement du programme Recap.
Plus spécifiquement, le projet de recherche s’intéresse à l’économie de la faune (wildlife economy), qui peut être définie comme l’élevage et l’utilisation commerciale d’animaux sauvages pour la chasse, la vente de la viande de gibier, d’animaux vivants ou l’écotourisme. Cette activité économique peut constituer une interface entre conservation et agriculture mais, bien qu’ancrée depuis de nombreuses années en Afrique du Sud, elle demeure peu étudiée. Dès lors, les décideurs publics manquent de données sur le fonctionnement de cette économie de la faune ainsi que sur ses impacts socio-économiques et environnementaux.
Le développement de connaissances et d’outils d’aide à la décision sur cette économie de la faune, avec l’appui du programme de recherche Ecopronat, constitue donc une opportunité de meilleure gestion des terres agricoles et des écosystèmes naturels au profit des bénéficiaires du programme de réforme agraire. La méthodologie d’enquête et les enseignements en Afrique du Sud seront utilisés pour des échanges avec les autorités kenyanes, qui mènent également des études sur le rôle de l’économie de la faune sauvage dans ce pays.
Ce projet fait partie du programme de recherche Ecopronat, qui soutient des recherches en faveur d'une meilleure prise en compte et d'une plus grande intégration (mainstreaming) de la biodiversité dans des secteurs économiques-clés.
Objectif
Ce projet de recherche a pour objectif de soutenir, à long terme, l’élaboration de politiques agricoles durables en Afrique et le développement de la recherche sur l’économie de la faune en Afrique du Sud et au Kenya. A travers ses travaux, le consortium de chercheurs mobilisés vise à produire des connaissances et des outils pour enclencher une transition à grande échelle : passer d’une utilisation des terres qui dégrade les écosystèmes à des entreprises d’élevage d’animaux sauvages rentables qui restaurent le capital naturel, créent des emplois et catalysent les investissements pour étendre les domaines de conservation.
Pour cela, le projet vise à :
- Développer les connaissances fondamentales sur l’économie de la faune pour faciliter son intégration dans les politiques publiques agricoles et dans les politiques publiques de biodiversité (production de données sur les modèles d’exploitation, leur viabilité, les besoins en matière d’investissement et de développement des compétences, etc.) ;
- Co-produire des outils d’aide à la décision permettant aux acteurs locaux, entreprises et pouvoirs publics d’adapter leurs politiques et investissements et de créer un impact systémique ;
- Créer une communauté de pratiques régionale pour renforcer les capacités de recherche au Sud et le développement de l’économie des espèces sauvages. Deux étudiants de master sont notamment mobilisés sur ce projet, mené par SANBI en partenariat notamment avec les universités sud-africaines de Rhodes, Stellenbosch et Nelson Mandela.
Méthode
Ce projet de recherche repose sur la construction participative de connaissances (à travers notamment des ateliers de formation) et le développement de méthodes d’enquête permettant de recueillir des données sociales, économiques et écologiques. Ces informations sont utilisées pour produire des outils d’aide à la décision par le biais d’analyses statistiques et de visualisation de données. Un outil de sélection géospatiale est notamment développé dans le cadre du projet afin d’identifier les actions et investissements à entreprendre.
La méthodologie consiste à collecter des données auprès des entreprises d'élevage d'animaux sauvages établies en Afrique du Sud et au Kenya, sur les contributions de l'industrie de la faune sauvage à la biodiversité, à la restauration des terres et au développement socio-économique. L’équipe convertira ces informations de manière à les rendre plus accessibles par le biais d'analyses statistiques et de visualisation des données, puis établira des outils d'aide à la décision pour aider les nouveaux agriculteurs émergents à créer des entreprises dans l'économie de la faune et de la flore sauvages et à étendre ainsi le domaine de l'élevage de la faune et de la flore sauvages.
Résultats
L’équipe de recherche a publié des articles scientifiques sur le fonctionnement de l’économie de la faune et sur ses impacts socio-économiques et environnementaux :
- Clements, H.S., Child, M.F., Lindeque, L. et al. Lessons from COVID-19 for wildlife ranching in a changing world, Nature Sustainability 5, 1040–1048 (2022).
- Denner, C., Clements, H. S., Child, M. F., & De Vos, A. (2024). The diverse socioeconomic contributions of wildlife ranching, Conservation Science and Practice, 6(7), e13166.
Elle a travaillé avec l’administration publique pour que ces informations puissent être utilisées par les acteurs locaux. Leurs données, issues d’enquêtes auprès d’un échantillon représentatifs d’exploitants de faune sauvage, ont alimenté les fiches d’information sur l'économie de la faune sauvage mises en ligne par le Département de l'environnement, des forêts et de la pêche d'Afrique du Sud (DFFE), accessibles sur la plateforme Biodiversity Sector Investment. Celle-ci vise à informer les citoyens et investisseurs sud-africains qui souhaitent se lancer dans ce type d’activité.
Les travaux de recherche ont aussi contribué à éclairer la prise de décision au niveau local, en lien avec la révision de la nouvelle stratégie nationale pour une économie fondée sur la biodiversité (National Biodiversity Economy Strategy) et les débats qu’elle suscite concernant l’exploitation de la biodiversité à des fins économiques.
Enfin, l’équipe a vulgarisé ses résultats dans The Conversation Africa, en analysant comment différents modèles d’exploitation de la faune peuvent contribuer au développement local et à l’inclusion des populations défavorisées.
Enseignements
Le projet de recherche a débouché sur plusieurs grands enseignements :
Les chercheurs montrent que les activités d’exploitation de la faune sauvage contribuent à des paysages plus riches en biodiversité en citant une série d’articles scientifiques évaluant les effets de ces activités en Afrique du Sud (ou d’autres pays d’Afrique australe). Certains de ces articles (listés ci-dessous) montrent, par exemple, que des activités d’exploitation de la faune sauvage présentent des densités d’animaux sauvages par hectare supérieurs à ceux que l’on trouve sur des territoires où se développent des activités d’agriculture et d’élevage conventionnelle.
- Shumba, T., De Vos, A., Biggs, R., Esler, K. J., Ament, J. M., & Clements, H. S. (2020). Effectiveness of private land conservation areas in maintaining natural land cover and biodiversity intactness. Global Ecology and Conservation, 22, e00935.
- Taylor, W. A., Child, M. F., Lindsey, P. A., Nicholson, S. K., Relton, C., & Davies-Mostert, H. T. (2021). South Africa’s private wildlife ranches protect globally significant populations of wild ungulates. Biodiversity and Conservation, 30(13), 4111-4135.
- Saayman, M., van der Merwe, P., & Saayman, A. (2018). The economic impact of trophy hunting in the South African wildlife industry. Global Ecology and Conservation, 16, e00510.
- Lindsey, P. A., Romanach, S. S., & Davies‐Mostert, H. T. (2009). The importance of conservancies for enhancing the value of game ranch land for large mammal conservation in southern Africa. Journal of Zoology, 277(2), 99-105.
L’équipe de recherche a identifié en Afrique du Sud six grands modèles économiques pour les ranchs exploitant la faune sauvage et s’est intéressée à la contribution de chaque modèle à l’emploi, à leur rentabilité et à leurs impacts socio-économiques :
- Trois modèles spécialisés : l’écotourisme ; la chasse au trophée ; l’élevage de faune sauvage ;
- Trois modèles mixtes : chasse mixte (chasse de gibier pour la consommation et chasse au trophée) ; élevage de faune sauvage et agriculture ; chasse au trophée et production de viande de gibier.
Globalement, les modèles spécialisés (en particulier chasse aux trophées et écotourisme) sont plus rentables et génèrent davantage d’emplois de qualité que les modèles mixtes ou axés sur la production (chasse de gibier, vente de gibier) :
- Du point de vue de l’emploi : les ranchs d'écotourisme emploient plus de personnes au total et par hectare, ainsi qu’une plus grande proportion de femmes et d'employés qualifiés, par rapport aux autres modèles d'élevage et à l'agriculture conventionnelle. Ceux de chasse au trophée arrive en seconde position (par hectare), bien qu'en moyenne, un tiers de ces emplois soient saisonniers. La chasse aux trophées et les modèles mixtes offrent également de nombreux avantages non salariaux aux employés.
- Du point de vue de la rentabilité : ce sont les modèles spécialisés en chasse aux trophées qui sont les plus rentables (marge bénéficiaire médiane = 33%).
Les modèles spécialisés en élevage sont moins performants que les deux autres modèles spécialisés, tant du point de vue de la rentabilité que de la contribution à l’emploi.
En revanche, les modèles spécialisés se sont montrés très peu résilients (notamment lors de la crise du Covid-19) tandis que les modèles mixtes, certes moins rentables se sont montrés beaucoup plus résilients. La volatilité du secteur de la chasse et du tourisme souligne la nécessité d’études à long terme et de politiques adaptées.
De façon générale, les ranchs spécialisés sur l’écotourisme et la chasse au trophée irriguent l’économie locale :
- Ayant des coûts d’exploitation élevés, ils achètent plus de biens et de services (que les modèles moins spécialisés) et génèrent plus d’activité autour d’eux en faisant travailler plus d’acteurs locaux.
- Les modèles spécialisés, notamment l’écotourisme, emploient plus de femmes et offrent de meilleurs salaires que l’agriculture conventionnelle. Les chercheurs sud-africains soulignent le potentiel des ranchs spécialisés pour promouvoir l’emploi des femmes et répondre aux objectifs de développement durable en matière d’équité. Par exemple, dans les ranchs axés sur l’écotourisme, plus de 2 employés sur 5 sont des femmes.
- Contrairement aux critiques sur la précarité de ces emplois, la majorité des postes sont permanents, sauf dans la chasse aux trophées, où ils sont saisonniers. En ce sens, des salaires plus élevés et une baisse de la saisonnalité de l’emploi entraînent une baisse de la précarité favorable à l’économie.
Cependant, les modèles spécialisés nécessitent de vastes terrains et des infrastructures coûteuses, ce qui constitue une barrière à l’entrée des populations sud-africaines défavorisées. A l'inverse, les modèles mixtes, plus accessibles, pourraient favoriser une meilleure inclusion sociale et des populations historiquement défavorisées dans ce secteur tout en créant des paysages plus riches en biodiversité que ceux créés par des activités d’élevage ou d’agriculture conventionnelle.
Les chercheurs recommandent de prendre en compte la diversité des modèles économiques pour mieux intégrer les activités tirant parties de l’exploitation de la faune sauvage dans les politiques de conservation et de développement économique.
Papiers de recherche
Contact
-
Julien CALAS
Chargé de recherche, expert biodiversité
Découvrir d'autres projets de recherche
Dans le cadre du programme de recherche ECOPRONAT, l'AFD cherche à développer de nouvelles applications du cadre ESGAP (Environmental Sustainability Gap), une méthodologie d’évaluation de la soutenabilité environnementale à l’échelle d’un territoire. Centré sur le Vietnam, où le cadre ESGAP a récemment été testé, ce projet de recherche vise à évaluer les risques physiques liés à certaines activités économiques, sur la base de scénarios de pressions sur l’environnement.
Contexte
Les acteurs publics ont besoin de suivre l’état de l’environnement afin d’évaluer l’efficacité de leurs actions, de prioriser des politiques et des mesures de gestion et d’établir ainsi de manière objective leur contribution à la conservation du capital naturel. Ils doivent pour cela pouvoir s’appuyer sur des standards scientifiques leur permettant de définir les seuils à partir desquels les fonctions environnementales peuvent être considérées comme soutenables. C'est l'objectif du cadre ESGAP (Environmental Sustainability Gap), un outil innovant qui évalue l’état des fonctions environnementales d’un territoire et de leur niveau de soutenabilité.
Comment fonctionne l'ESGAP ?
Pour toutes les composantes critiques du capital naturel sur le territoire concerné (qualité de l’air ou des eaux, pollutions, ressources forestières, halieutiques, etc.), cet indicateur calcule l'écart entre leur état actuel et un état qui serait soutenable (c'est-à-dire un état compatible avec un fonctionnement durable des processus nécessaires à la préservation de la vie, des activités humaines et du bien-être). Cela permet de calculer un « écart de soutenabilité environnementale », qui met en lumière le chemin à parcourir pour atteindre le stade de soutenabilité environnementale.
Cela peut ensuite servir de guide aux politiques publiques pour estimer et préserver les fonctions critiques du capital naturel d’un territoire donné. L’ESGAP a déjà été testé en Nouvelle-Calédonie, au Kenya et au Vietnam.
Ce projet s'inscrit dans le cadre du programme de recherche ECOPRONAT, à travers lequel l'AFD souhaite développer des méthodologies de d’évaluation de soutenabilité forte, c’est-à-dire adoptant des critères exigeants concernant la non-substituabilité du capital naturel par d’autres formes de capital (physique entre autres) dans un territoire ou un pays. L’AFD souhaite par ailleurs promouvoir leur utilisation dans les cadres internationaux et contribuer aux normes internationales en cours d’émergence sur le bon état écologique des écosystèmes.
Objectif
Le pilote ESGAP mené récemment au Vietnam a permis de mesurer l’état des fonctions environnementales de ce pays. Il a notamment identifié les ressources halieutiques, l’érosion des sols, la pollution de l’air et de l’eau comme étant les dimensions les plus dégradées.
Or, certaines activités économiques peuvent être à l’origine de pressions sur ces différentes fonctions environnementales, tandis que d’autres activités dépendent de leur bon fonctionnement. Pour aller plus loin, il est apparu nécessaire de développer le cadre ESGAP afin d’intégrer ces liens entre nature et économie et d’identifier quelles sont les activités humaines concernées.
Pour cela, l’équipe de recherche va tenter de relier les mesures ESGAP aux activités socio-économiques et de construire un ESGAP monétaire. Le but sera d’évaluer les risques physiques liés à certaines activités économiques sur la base de scénarios de pressions sur l’environnement (comme la rupture d’approvisionnement de certains services environnementaux essentiels, par exemple dans l’agriculture). Le développement de ces nouvelles applications du cadre ESGAP ont pour objectif de guider les décideurs politiques dans la conception de trajectoires de développement plus durables.
Méthode
Le projet de recherche est construit en deux étapes :
- Construction d'un ESGAP « monétaire » qui mesure le coût (exprimé en unités monétaires) nécessaire pour atteindre un état environnemental durable. Ce coût est considéré comme une dette écologique non payée, car il correspond au coût de la mise en œuvre de mesures efficaces que la société devrait dépenser pour atteindre un bon niveau environnemental. Il sera calculé comme un coût d’abattement, c'est-à-dire les dépenses nécessaires pour que les activités humaines au Vietnam (par exemple les activités de production et de consommation) réduisent les pressions sur l'environnement à un niveau qui n'entraîne pas de dégradation du capital naturel (ou à un niveau acceptable, si l'on considère les standards de bons états visés par l’ESGAP).
- Utilisation du cadre de modélisation développé dans la première phase pour évaluer comment différentes politiques publiques peuvent améliorer la durabilité environnementale du Vietnam en 2035 et atténuer les risques économiques liés à la perte du capital naturel du pays. D’abord, l'équipe élaborera des scénarios prospectifs afin de déterminer quelles interventions peuvent améliorer l'état écologique du Vietnam. Dans un second temps, elle évaluera dans quelle mesure les risques économiques liés à la biodiversité (en raison de la dépendance de l'économie vietnamienne à l'égard des services rendus par les écosystèmes) peuvent être atténués grâce à ces interventions.
Cette étude étant considérée comme une recherche expérimentale, les différents éléments exposés dans la proposition de recherche et les résultats intermédiaires pourront être ajustés tout au long de l’étude en fonction de différents facteurs – tels que l'accès aux données, la qualité des données, les difficultés à mettre en œuvre certains aspects de la méthodologie, ou encore des résultats non robustes ou trompeurs.
Résultats
L'équipe produira une synthèse de l'étude qui pourra être utilisée comme document de travail à des fins de communication. Le livrable final exposera la méthodologie, la base de données utilisée et les principaux résultats de l'ESGAP monétaire appliqué au Vietnam et la méthodologie d'évaluation du risque physique pour l'économie vietnamienne. Ce livrable final explorera illustrera l'intérêt de l'ESGAP pour la mise en œuvre de politiques publiques visant à atteindre un bon état des conditions environnementales et les voies de recherche futures pour relier les mesures ESGAP aux activités socio-économiques.
Découvrir d'autres projets de recherche sur l'ESGAP
Contact
-
Oskar LECUYER
Chargé de recherche
Dans le cadre du programme de recherche ECOPRONAT, l’AFD soutient le projet de recherche FARSYMABI au Mozambique, qui vise à identifier différents types de systèmes agricoles et leurs effets sur la lutte contre la pauvreté, la production alimentaire et la conservation de la biodiversité. Le but est de faciliter la conception de politiques agricoles nationales d’intégration de la biodiversité qui tiennent compte des différents contextes locaux et de précédentes interventions réussies.
Contexte
Les relations entre la crise de la biodiversité et l’agriculture sont complexes. D’une part, l’expansion des systèmes agricoles et les pratiques agricoles conventionnelles menacent la biodiversité ; d’autre part, la production agricole est dépendante de cette biodiversité et des services écosystémiques qu’elle fournit.
Au Mozambique, les tensions entre objectifs de réduction de la pauvreté et de protection de la biodiversité sont fortes. L’extension des petites exploitations agricoles conduit à une fragmentation des écosystèmes naturels et représente l’une des principales sources de destruction de la biodiversité pour le pays. L’une des réponses apportées par le Mozambique à cette fragmentation est d'économiser le défrichage de nouvelles terres par le biais d’une utilisation plus intensive d’intrants, en séparant clairement les terres destinées à la protection de la nature et celles destinées à l’agriculture productive.
La conciliation du développement agricole et de la conservation par l’utilisation de techniques agricoles respectueuses de la biodiversité s’avère aujourd’hui essentielle pour assurer la durabilité des systèmes agricoles et sécuriser l’approvisionnement alimentaire de la population.
Ce projet fait partie du programme de recherche ECOPRONAT, qui soutient des recherches sur une meilleure prise en compte et une plus grande intégration (mainstreaming) de la biodiversité dans des secteurs économiques-clés.
Objectif
Le projet FARSYMABI (A Farming System approach to Mainstream Biodiversity in the agricultural sector) vise à comprendre les compromis possibles et les complémentarités entre réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire et biodiversité dans les contextes des pays en développement, où l’expansion des terres cultivées constitue une menace majeure pour la biodiversité. Ce travail permettra de comprendre comment les unités paysagères et communautaires locales fonctionnent, de quelles façons elles ont un impact sur la biodiversité et ses services écosystémiques et comment elles en tirent profit.
Cette connaissance des systèmes permettra d'identifier les leviers pour intégrer la biodiversité dans le secteur agricole. Ce projet vise en effet également à démontrer la nécessité de faire le lien entre le cadre politique national pour l’intégration de la biodiversité dans l’agriculture et le contexte socio-écologique des interventions locales réussies.
Le projet mobilise une équipe pluridisciplinaire de dix chercheurs portugais et mozambicains : deux chercheurs de l’Observatoire du milieu rural (OMR), deux de l’université Eduardo Mondlane, un de l’université Lúrio et cinq de l’Institut supérieur d’agronomie de Lisbonne (dont un doctorant). Par ailleurs, dix-huit personnes (chercheurs et étudiants) sont impliquées dans les activités de collecte de données.
Méthode
L’approche méthodologique se divise en trois étapes :
- Priorités, analyse et cartographie au niveau national : l'objectif est de dresser un tableau général, au niveau national, des effets des systèmes agricoles sur la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et la conservation de la biodiversité; ainsi que de mieux comprendre les conflits et les complémentarités entre ces trois objectifs.
- Priorités, analyse et recherche sur des interventions locales, prenant en considération le contexte : cinq études de cas réalisées au niveau local couvrent les principaux gradients socio-écologiques du Mozambique qui devraient être pris en compte dans l’élaboration d’une stratégie nationale intégrant la biodiversité dans les politiques agricoles.
- Lien entre les initiatives locales et le cadre national pour l’intégration de la biodiversité dans l’agriculture : cette étape vise à croiser les résultats de la première et de la deuxième étape, afin d'aider à intégrer la biodiversité aux politiques agricoles en prenant en compte les relations conflictuelles et les complémentarités entre les objectifs de pauvreté, de sécurité alimentaire et de biodiversité.
Ce projet de recherche mobilise des disciplines scientifiques de manière transdisciplinaire, telles que la socio-économie de l’agriculture, l’écologie, l’agronomie ou encore les sciences de la durabilité. Les travaux se traduisent notamment par la production d’une cartographie des régions caractérisées par des conditions biophysiques et socio-économiques similaires (composition des systèmes agricoles, mosaïques de paysage, niveaux de pauvreté, d'insécurité alimentaire et de biodiversité, etc.).
Les parties prenantes (décideurs et contributeurs aux politiques publiques au niveau central, organisation paysannes, organisations de protection de l’environnement, acteurs locaux) sont de plus mobilisées tout au long du travail de recherche et leurs connaissances, perceptions et préférences intégrées aux analyses produites. Cette implication des parties prenantes a pour finalité la co-construction des politiques d’intégration de la biodiversité dans l’agriculture.
Résultats
Les principaux résultats attendus de ce projet sont les suivants :
- Production d’un policy paper présentant le cadre de référence régional et les lignes directrices pour l’intégration de la biodiversité dans chaque région ;
- Evaluation de la transférabilité des cas de réussite locale dans et entre les régions ;
- Identification des conditions politiques au niveau national permettant la mise en œuvre d’interventions locales ;
- Evaluation comparative de différents outils d'action publique ;
- Elaboration d’un outil de simulation basé sur les systèmes agricoles qui permettra aux décideurs politiques d’évaluer ex ante les impacts des politiques alternatives sur les objectifs de réduction de la pauvreté, d’augmentation de la sécurité alimentaire et d’amélioration de la biodiversité et des services écosystémiques.
Télécharger la publication de l'OMR : Le mainstreaming de la biodiversité, un défi pour la conservation de la biodiversité au Mozambique (disponible aussi en portugais)
Enseignements
La production des données cartographiques à l’échelle locale permet d’alimenter l’élaboration des politiques publiques agricoles et d’aménagement du territoire à l’échelle nationale. De plus, le croisement de ces données locales avec des démarches participatives (organisation notamment d’ateliers avec les producteurs et mise en commun des options de politiques publiques) contribue à l’élaboration de politiques plus transversales.
Le projet a contribué à la formation de jeunes étudiants et de techniciens locaux concernant la réalisation d’enquêtes à l’aide de tablettes et l’utilisation du programme Open Data Kit. Le projet a aussi contribué à l’échange de connaissances entre les chercheurs membres du projet et les guides de terrain concernant l’identification des oiseaux et des espèces végétales.
En savoir plus sur les résultats du projet de recherche : farsymabi.webnode.pt
Contact
-
Julien CALAS
Chargé de recherche, expert biodiversité
Découvrez d'autres projets soutenus par ECOPRONAT
Ce partenariat de recherche avec EcoAct a permis d’approfondir la notion de « norme de bon état écologique », centrale dans le cadre ESGAP (Environmental Sustainability Gap), une méthodologie portée par l’AFD pour évaluer la soutenabilité environnementale d’un territoire. Ces travaux vont permettre de préparer la suite du programme ESGAP.
Contexte
Aujourd’hui, la majorité des dirigeants reconnaissent la dégradation du capital naturel et l'urgente nécessité de protéger l'environnement. Mais, pour définir des politiques publiques adaptées, ils doivent pouvoir s’appuyer sur des standards scientifiques leur permettant d’évaluer l’état du capital naturel d’un territoire.
Il reste difficile d'évaluer cet état, ou même de définir exactement ce que devrait être un « bon état » de la planète : la plupart des instruments existants ont une définition incomplète de la durabilité environnementale, manquent d'indicateurs pertinents ou ne parviennent pas à définir des objectifs appropriés pour atteindre un bon état environnemental. Il n'existe donc pas d'approche satisfaisante qui permettrait aux décideurs ou aux experts de savoir si un pays se dirige ou non vers la durabilité environnementale.
Fondé sur un tableau de bord évaluant l’état de 23 composantes de l’environnement, le cadre ESGAP vise à répondre à ce besoin. Cependant, l'absence de normes appropriées pour de nombreuses contributions essentielles du capital naturel et dans de nombreux pays est l'une des lacunes les plus notables identifiées dans les projets pilotes ESGAP en Nouvelle-Calédonie, au Kenya et au Vietnam.
Regarder la vidéo : Mesurer le bon état de la planète
Objectif
Ce projet de recherche avec EcoAct a eu pour objectif de recenser les normes manquantes pour plusieurs composantes de l'Environmental Sustainability Gap (ESGAP). Il discute des stratégies possibles pour développer des normes appropriées dans le cas où aucune norme n'est disponible à l'échelle mondiale.
Méthode
L'ESGAP est un outil innovant développé initialement avec l'University College London (UCL) qui évalue l’état des fonctions environnementales d’un territoire et de leur niveau de soutenabilité. Pour toutes les composantes critiques du capital naturel sur le territoire concerné (qualité de l’air ou des eaux, pollutions, ressources forestières, ressources halieutiques, etc.), cet indicateur calcule l'écart entre leur état actuel et un état qui serait soutenable (c'est-à-dire un état compatible avec un fonctionnement durable des processus nécessaires à la préservation de la vie, des activités humaines et du bien-être). Cela permet de calculer un « écart de soutenabilité environnementale », qui met en lumière le chemin à parcourir pour atteindre le stade de soutenabilité environnementale. Cela peut ensuite servir de guide aux politiques publiques pour estimer et préserver l’état naturel d’un territoire donné.
Résultats
Sur les 22 indicateurs du cadre ESGAP examinés dans ce projet, 16 ont fait l’objet d’une proposition de standard. Pour 8 indicateurs, il n’y a pas d'informations suffisamment solides pour proposer une norme applicable au niveau mondial. L’étude a identifié 13 ensembles de données disponibles pour calculer ces indicateurs à l'échelle mondiale et fourni la source et le lien pour accéder à ces bases de données accessibles au public.
Consulter le rapport final : Defining Standards of Good Ecological Condition for Computing the ESGAP in Developing Countries
Enseignements
L'étape suivante pour produire une norme de bon état écologique applicable à tous les pays implique, pour les indicateurs avec "normes à définir par des experts" (Fairbrass, 2020), d'examiner qui pourraient être les experts et comment s'engager avec eux pour définir une norme applicable au niveau mondial. Cela dépend de l'existence d'une autorité reconnue au niveau mondial (comme l'Organisation mondiale de la santé pour la pollution ou l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture en ce qui concerne la pêche), ou si l'indicateur est développé par différentes équipes de scientifiques ou organisations.
Des travaux futurs pourraient également se concentrer sur l'examen de l'état des connaissances et des options concernant la définition de normes à partir de sources non conventionnelles, telles que les données géospatiales, les big earth data, etc. Le projet ARIES lié à la compilation des comptes des écosystèmes dans le cadre du système SEEA-EA (System of Environmental-Economic Accounting – Ecosystem Accounting) pourrait être une source intéressante pour cela.
En savoir plus sur l'ESGAP :
- A single indicator of strong sustainability for development: Theoretical basis and practical implementation (2019)
- Monitoring the Environmental Sustainability of Countries through the Strong Environmental Sustainability Index (2022)
- Are We on the Right Path? Measuring Progress towards Environmental Sustainability in European Countries (2022)
Contact
-
Oskar LECUYER
Chargé de recherche