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L’Afrique subsaharienne face à des défis démographiques persistants
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La grande majorité des pays africains connaissent un boom de leur population, notamment en Afrique subsaharienne. Un gain économique pourrait en résulter mais plusieurs défis sont encore à relever d’après les auteurs d’une analyse parue dans « L’Économie africaine 2026 ».
En 2100 l’Afrique pourrait compter 3,8 milliards d’habitants et représenter 37 % de la population mondiale. Parmi les pays les plus peuplés devraient figurer le Nigéria, la République démocratique du Congo et l’Éthiopie.
Dans L’Économie africaine 2026 (éditions La Découverte, 128 pages), les auteurs Serge Rabier (AFD), John F. May (Université George Mason, États-Unis) et Aristide Romaric Bado (Centre national de la recherche scientifique et technologique, Burkina Faso) analysent la forte croissance démographique promise à l’Afrique au cours du XXIe siècle.
La grande majorité des pays africains connaissent en effet aujourd’hui un boom de leur population, en particulier les pays d’Afrique subsaharienne, auxquels s’intéressent plus particulièrement les auteurs. À elle seule, cette région d’Afrique devrait représenter 22 % des habitants de la planète en 2050, au lieu de 14 % aujourd’hui.
Dividende démographique
Deux facteurs contribuent à cette prévision de croissance. D’abord la baisse considérable de la mortalité infanto-juvénile que connaît l’Afrique subsaharienne. « Avant 1990, celle-ci dépassait 180 décès avant l’âge de 5 ans pour 1 000 naissances vivantes, contre 74 en 2021, toujours bien supérieure à la moyenne mondiale de 38 décès », écrivent les auteurs. Une amélioration due aux campagnes de vaccination, à la distribution de moustiquaires imprégnées et aux programmes nutritionnels.
Grâce à cette baisse de la mortalité, l’espérance de vie à la naissance a nettement progressé, atteignant 61 ans en moyenne en 2020. Dans quatre pays insulaires – Seychelles, Cap-Vert, Maurice et São Tomé-et-Principe – elle dépasse même désormais les 70 ans.
Un « dividende démographique » pourrait en résulter : un gain économique que les pays pourraient tirer de cette période durant laquelle les personnes actives sont plus nombreuses que les personnes à charge ou dépendantes – les moins de 20 ans et plus de 65 ans. Ce gain proviendrait de l’augmentation des capacités de production, de consommation, d’investissement et d’épargne.
Défis à relever : emplois pour les jeunes et adaptation climatique
Plusieurs défis devront toutefois être relevés. À commencer par les taux de fécondité. Ceux-ci restent encore élevés en Afrique subsaharienne, avec 4,2 enfants par femme en moyenne, en raison de la pauvreté, du faible niveau d’éducation, des normes culturelles traditionnelles et du manque d’autonomie des femmes.
Les jeunes Subsahariens de moins de 20 ans représentent aujourd’hui 51 % de la population totale de la région. Ce poids requiert des investissements massifs – santé, éducation, alimentation – que ces pays ne peuvent pas financer seuls.
Ces jeunes devront pouvoir accéder à des emplois stables et de qualité. Tandis que 93 millions d’entre eux entreront sur le marché du travail entre 2025 et 2040 au Nigéria – 13 millions en Côte d’Ivoire et 12 millions au Ghana – d’après les World Population Prospects 2024, les emplois manquent et sont encore majoritairement informels, synonymes de salaires bas et d’absence de protection sociale. L’accès limité des femmes à l’éducation les cantonne encore à ces emplois précaires pour les années qui viennent.
Enfin, les pays d’Afrique subsaharienne devront s’adapter à la hausse de température et à l’augmentation des sécheresses et des inondations, et notamment à l’insécurité alimentaire qui en découle. La productivité agricole y est en effet de 35 % inférieure à son potentiel à cause du dérèglement climatique. Le coût des politiques d’adaptation pèsera sur les populations et freinera ces pays dans leur développement économique et leur lutte contre la pauvreté et les inégalités.
Développer les opportunités
Plusieurs politiques publiques pourraient selon les auteurs permettre au continent de relever ces défis : l’extension de la planification familiale, l’investissement dans le capital humain et la prise en compte du vieillissement de la population.
Grâce à la mise en œuvre de politiques de planification familiale (accès à la contraception, évolution des normes reproductives), des pays tels que le Rwanda et l’Éthiopie connaissent un déclin de la fécondité, de plus de 6 enfants par femme à environ 4 en l’espace de vingt ans. Mais ces politiques, qui exigent un effort combiné sur la santé, l’éducation et les réformes légales, manquent encore souvent d’efficacité dans les autres pays faute d’un engagement politique fort.
Sur le front de l’emploi, « l’enseignement et la formation techniques et professionnels constituent l’une des interventions les plus répandues pour promouvoir l’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne. Ces programmes développent des compétences techniques, managériales et comportementales, et incluent également les compétences de vie ,"life skills", les apprentissages formels et non formels, ainsi que les programmes de deuxième chance éducative. »
Le vieillissement de la population en Afrique subsaharienne au cours des prochaines décennies nécessitera quant à lui « un renforcement des systèmes de protection sociale ». Ces derniers excluent aujourd’hui une grande partie des travailleurs informels. De plus, la région souffre de l’absence d’un système performant de collecte fiscale pour financer la protection sociale et renforcer le lien entre couverture santé et retraite. Certains pays ont cependant déjà instauré des filets sociaux, des micro-assurances et des mécanismes communautaires.