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éducation sénégal AFD
À quel point l’éducation est-elle efficace pour enrayer le changement climatique ? À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, ce 24 janvier, nous avons posé la question à Bertrand Foucault, responsable équipe projet et référent climat et nature de la division Éducation, Formation & Emploi du groupe AFD.
Bertrand Foucault AFDEn quoi l’éducation est-elle importante pour lutter contre le dérèglement climatique ?

Nous affrontons une crise climatique sans précédent, qui va se poursuivre et s’amplifier. Les jeunes sont directement impactés, ils veulent agir pour atténuer les effets négatifs de l’activité humaine sur le climat et savoir comment s’adapter. L’éducation joue un rôle majeur pour les aider à mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre et notre dépendance à la nature, et pour les aider à faire face à ces dérèglements. La transition écologique n’est pas qu’un enjeu technologique et technique, c’est aussi un enjeu d’éducation, de formation, de sensibilisation, d’accompagnement des populations, en particulier celles qui sont les plus impactées par le dérèglement climatique. Celui-ci génère aussi beaucoup d’anxiété, et l’éducation aide à se projeter positivement dans l’avenir, à retourner ce stress en une force permettant à chacun de contribuer à un mode de vie plus durable et équitable.

Quels défis doivent être relevés ?

La prise en compte du changement climatique dans l’éducation est encore très variable selon les pays. Il est fréquent que ces questions ne fassent pas partie des cursus, ou alors de façon très limitée. Les jeunes vivent aussi de plus en plus en zone urbaine et le lien avec la nature a fortement évolué. Par ailleurs, le secteur de l’éducation ne dispose pas d’un recul suffisant pour ajuster au mieux les enseignements. Il faudrait pouvoir accéder à un dispositif de suivi-évaluation de la pertinence des programmes sur le long terme.


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De façon globale, il n’existe pas encore une prise de conscience suffisante de l’importance que joue l’éducation pour réussir la transition écologique. En effet, un pays qui n’investit pas dans l’éducation ne permettra pas à sa population d’acquérir des connaissances sur les enjeux climatiques, de développer des compétences sur de nouveaux métiers, et verra selon toutes probabilités les inégalités augmenter. Les populations seront aussi en difficulté pour s’adapter et soutenir les politiques de transition. Il n’y aura donc pas de transition écologique juste sans investissements dans l’éducation.

Comment l’AFD agit-elle dans ce domaine ?

Nous agissons pour que la prise en compte du climat dans les cursus soit la plus élaborée possible, de l’éducation de base jusqu’à l’enseignement supérieur, et ce quelles que soient les spécialités enseignées. Même dans une filière de juriste ou de commercial, par exemple, il nous semble nécessaire d’introduire une sensibilisation aux enjeux climatiques.

Dans le cadre de notre programme AdaptAction, nous avons identifié avec le ministère de l’Environnement du Sénégal des actions à mettre en œuvre, comme le renforcement des capacités des enseignants, la création de nouvelles filières et l’intégration des enjeux de genre. Avec le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) nous promouvons au Mexique et en Colombie l’éducation des élèves du primaire et du secondaire aux enjeux du climat, grâce à la mise à disposition des enseignants de ressources pluridisciplinaires, de formations et un accompagnement par des acteurs locaux.

Notre équipe en charge de la sensibilisation développe des ressources pédagogiques sur le climat, et plus largement sur les Objectifs de développement durable (ODD), pour accompagner les enseignants des établissements scolaires français de l’étranger, de métropole et d’Outre-mer. Comme à La Réunion, où le réseau d’éco-délégués et de jeunes porteurs de projets est très dynamique. L’AFD a aussi lancé récemment des travaux avec deux équipes de recherche pour mieux comprendre, d’une part, les effets de l’éducation sur les connaissances et les perceptions des publics scolaires et de leurs entourages – ainsi que sur leur engagement réel en faveur du climat – et, d’autre part, l’effet de l’éducation sur les normes sociales et l’impact de celles-ci sur les comportements à l’égard du climat.


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Sur le plan de la formation professionnelle, nous finançons des programmes de transformation des secteurs comme ceux de l’énergie et de l’agriculture en ciblant les populations vulnérables. Dans certaines régions, des éleveurs ne peuvent déjà plus pratiquer leur métier à cause de la sécheresse, et des mineurs de charbon voient leur emploi menacé. Il s’agit de leur proposer de nouvelles opportunités avec leurs communautés, et de les aider à acquérir de nouvelles compétences. L’objectif est de rendre la transition écologique la plus juste possible et de susciter l’adhésion de toutes les populations. Cela s’inscrit dans les programmes de Transition énergétique juste (JET) que nous avons commencé à mener en Afrique du Sud.

Enfin, pour les projets que nous finançons, une étude préalable est systématiquement réalisée pour concevoir des infrastructures scolaires (école, collège, lycée, etc.) adaptées aux dérèglements climatiques à venir dans la zone d’implantation et disposant d’une forte efficacité énergétique. Ces établissements doivent pouvoir s’intégrer dans leur environnement et être dotés d’un mode de fonctionnement vertueux à l’égard de l’utilisation des ressources naturelles. Mais nous n’en sommes qu’au début, nous cherchons à aller plus loin avec nos partenaires pour œuvrer ensemble pour une meilleure prise en compte des enjeux d’éducation dans les politiques publiques et les pratiques éducatives.

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