Mention légale UE (projet) L’évaluation CEQ est un outil analysant l’impact de la fiscalité et des dépenses sociales sur les inégalités et la pauvreté et qui permet aux gouvernements d’évaluer l’impact redistributif et de réduction de la pauvreté de leur politique fiscale. Lors de la première phase du projet (2018-2020), l’Agence française de développement (AFD) et le Global Development Network (GDN), en partenariat avec le Commitment to Equity Institute (CEQ) et des universités et collectivités locales, ont mis en œuvre l’évaluation CEQ dans quatre pays africains : le Maroc, l’Afrique du Sud, le Cameroun et le Kenya.
Afin de documenter sa planification quinquennale, le Sénégal a sollicité l’appui de l’AFD et du GDN pour étudier l’impact de scénarios de réformes fiscales et sociales. Une seconde phase du projet, centrée sur le Sénégal mais aussi sur les questions méthodologiques, se déroule ainsi sur la période 2023-2024.
Contexte
Au cours de la première phase du projet, le Maroc, l’Afrique du Sud, le Cameroun et le Kenya ont été sélectionnés pour participer à un programme de recherche, d’analyse et de recommandations politiques qui a permis d’élargir considérablement la base de connaissances pour la mise en place de politiques fiscales de redistribution efficaces et garantes de protection pour les foyers pauvres et vulnérables. Le programme a aussi permis à ces pays d’apprendre des expériences des autres et, dans certains cas, de dupliquer les initiatives réussies. Le programme de travail imaginé par le partenariat AFD-CEQ Institute a également permis de promouvoir le partage de compétences et le renforcement des capacités entre les pays.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la première phase de la Facilité de recherche sur les inégalités, coordonnée par l’AFD et financée par l'Union européenne sur la période 2017-2020. La première phase de la Facilité a permis la conduite de 22 projets de recherche et la publication d’une centaine de papiers de recherche et de policy briefs.
La seconde phase de ce projet se concentre, entre autres, sur le Sénégal, pays qui est confronté à plusieurs enjeux d’importance, parfois contradictoires, susceptibles de modifier durablement le contrat social et la redistribution du revenu national, tels que :
- la mise en exploitation de gisements de gaz et de pétrole (et la perception des recettes fiscales afférentes),
- la conduite d’un partenariat pour une transition énergétique juste (Just Energy Transition Partnership - JETP) qui appelle parallèlement à la décarbonation de la croissance,
- l’extension souhaitée des dispositifs de protection sociale (santé, retraite) accompagnant une transition démographique encore en cours,
- le démantèlement des subventions énergétiques permettant de financer davantage d’infrastructures et de développer des subventions mieux ciblées pour les ménages pauvres.
La définition de politiques réduisant les inégalités rencontre une forte demande sociale, mais cela dans un contexte d’instabilité régionale, de multiplication des conflits, d’inflation mondiale et d’urgence climatique. Cette analyse sera menée en partenariat avec la Direction générale de la planification et des politiques économiques (DGPPE) du ministère de la Planification du Sénégal et la Banque mondiale.
Objectifs
L’élaboration des évaluations CEQ, qui sont la pièce maîtresse du partenariat AFD-CEQ Institute, permet d’atteindre simultanément deux objectifs majeurs :
- La mise en œuvre des évaluations CEQ constitue une base de données empiriques (pays par pays) de l’impact des politiques fiscales de redistribution et de réduction de la pauvreté, à la fois de manière générale et spécifique (éléments fiscaux tels que les revenus ou les dépenses).
- L’application des évaluations CEQ avec les équipes de recherche locales favorise en outre le transfert de savoirs et de compétences entre les chercheurs et les acteurs politiques, qui bénéficient ainsi de ces informations.
Le partenariat AFD-CEQ Institute permet ainsi de créer l’infrastructure humaine nécessaire aux analyses d’incidence fiscale, notamment des simulations de politiques, et ce, de manière durable.
Dans le cadre de la seconde phase du projet, l’objectif est pour les partenaires sénégalais de maîtriser l’outil CEQ d’analyse d’incidence fiscale et d’étudier une série de réformes pro-pauvres pour réduire les inégalités sociales et/ou régionales. Le livrable attendu est un rapport chiffrant les impacts de 5 axes de réforme (coût, effets, financement).
Méthode
L’évaluation CEQ est une analyse exhaustive et rigoureuse des taxes et transferts sociaux qui permet un engagement actif avec les décideurs politiques. Elle vise à répondre aux quatre questions suivantes :
- Dans quelle mesure la politique fiscale permet-elle de redistribuer les revenus et de réduire la pauvreté ?
- Dans quelle mesure les dépenses gouvernementales et les taxes spécifiques sont-elles axées sur l’égalité et bénéficient-elles aux plus pauvres ?
- Les taxes et les dépenses gouvernementales sont-elles efficaces dans la réduction des inégalités et de la pauvreté ?
- Quel est l’impact des réformes fiscales modifiant l’assiette et/ou la progressivité d’une taxe ou compensation spécifique ?
Afin de répondre à ces questions, des experts du CEQ Institute se sont associés à des chercheurs de l’AFD et à des équipes de chercheurs locaux pour appliquer la méthodologie CEQ au Maroc, en Afrique du Sud, au Cameroun et au Kenya. L’objectif de la seconde phase de ce projet est désormais d’appliquer cette méthodologie au Sénégal.
À terme, l’objectif est de généraliser l’utilisation des évaluations CEQ en :
- Etablissant des partenariats et des forums avec les acteurs politiques ;
- Diffusant les résultats de la recherche au moyen d’un programme actif de sensibilisation et de communication mis en place avec des partenaires importants au sein des communautés de recherche, de philanthropie et des activistes sociaux.
Résultats
Vous trouverez ci-dessous les différentes publications liées à ce projet de recherche.
Rapports d’analyse d’incidence fiscale :
- Fiscal incidence, inequality and poverty in Kenya: a CEQ assessment (en anglais)
- The impact of taxes and transfers on poverty and income distribution in South Africa 2014/2015 (en anglais)
- Les effets de la politique budgétaire sur la pauvreté et les inégalités au Maroc
Policy briefs (en anglais) :
- Fiscal Incidence and Public Spending: Public Policy Scenarios for Colombia (janvier 2024, en anglais)
- Distributional Impact of Fiscal Policies: A Survey of Methodological Approaches (octobre 2024, en anglais)
- Analyse de l’incidence de la fiscalité et des dépenses sociales sur la pauvreté et les inégalités au Sénégal (janvier 2025)
Contacts
-
Anda DAVID
Économiste, coordinatrice scientifique de la Facilité UE-AFD sur les inégalités
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Mention légale UE (projet) Les inégalités sont devenues le défi social de cette décennie. Du point de vue empirique, une série de travaux influents réalisés à partir des données internationales disponibles suggèrent que les inégalités mondiales ont chuté ces 25 dernières années. Cette tendance encourageante semble cependant avoir été entraînée par la convergence des PIB par habitant de différents pays et par le déclin subséquent des inégalités entre les pays. Jusqu’en 2000, le niveau moyen des inégalités au sein des nations était constant, mais a commencé à augmenter par la suite.
Contexte
Le tableau en Afrique est complexe, et souvent obscurci par des problèmes de données non fiables et non comparables, tant en termes d’époques que de pays. L’analyse de données relatives à l’Afrique la plus approfondie montre que les inégalités y sont très élevées en termes monétaires. Il s’agit du continent le plus inégal, mais il existe toutefois d’énormes variations dans l’ampleur, l’évolution et le caractère de ces inégalités.
Cela implique un double risque. L’Afrique doit s’assurer qu’elle est incluse dans les mesures internationales et aussi que les spécificités de ses sociétés sont prises en compte dans l’analyse à la fois des facteurs causant les inégalités et des inégalités subséquentes. C’est cette analyse qui servira de base pour que les interventions politiques et l’action de la société civile inversent la tendance. Il est par conséquent catastrophique de ne pas parvenir à mesurer et à comprendre les réalités de chaque contexte. Le Centre d’excellence abordera à la fois les défis liés à l’analyse et à la mesure des inégalités grâce au développement d’outils de diagnostic et au renforcement des capacités.
Ce projet s’inscrivait initialement dans le cadre de la première phase de la Facilité de recherche sur les inégalités, coordonnée par l’AFD et financée par la direction générale des Partenariats Internationaux de la Commission européenne sur la période 2017-2020. La première phase de la Facilité a permis la conduite de 22 projets de recherche et la publication d’une centaine de papiers de recherche et de policy briefs.
Suite à la réussite de ce premier projet :
- Une cinquième analyse des inégalités a été lancée au Mozambique sur la période 2022-2024 ;
- Un projet de recherche visant à élargir et mettre à jour le manuel, en intégrant des méthodologies d’évaluation des vulnérabilités liées aux changements climatiques et aux transitions écologiques, a également été lancé sur la période 2024-2025.
Objectif
L’objectif premier de ce projet de recherche est de faire avancer l’analyse des inégalités africaines et la discussion politique sur les stratégies pour éliminer les inégalités en Afrique grâce à une série d’engagements nationaux. La structure et la dynamique du projet découle du développement d’un outil de diagnostic qui sera mis en place dans un nombre limité de pays pilotes. Cet outil de diagnostic consistera en une analyse en profondeur des différentes inégalités dans un pays donné. Il permettra au gouvernement d’identifier les priorités et les options de politiques à mettre en place afin de les réduire.
Pour élaborer l’outil de diagnostic, un guide a été rédigé pour établir une base commune permettant une comparaison par pays : un manuel a ainsi été élaboré par le centre de recherche ACEIR afin d'assurer un certain degré de comparabilité entre toutes les études nationales et de soutenir les chercheurs et les statisticiens dans la réalisation des diagnostics des inégalités. Et pour étendre son usage et améliorer la transparence, il sera appuyé par une plateforme centrale de données et des centres de données, fiables et vérifiées, dans chaque pays partenaire, ce qui facilitera une meilleure analyse des inégalités.
Méthode
L’outil de diagnostic s’appuiera sur trois piliers :
- Un examen conceptuel et empirique des études sur les inégalités en Afrique, ce qui permettra d’avoir une base de référence pour le développement de futurs projets et de mieux comprendre les spécificités des inégalités en Afrique et leur ampleur ;
- Un guide qui contiendra le cadre proposé pour le diagnostic des inégalités du pays en question, les questions de méthodologies autour de la mesure des inégalités et de leur analyse et les questions importantes liées aux politiques concernées ;
- Une aide à la mise en place du diagnostic du pays, en collaboration avec les équipes de chercheurs locales des pays pilotes, et la création d’une plateforme de données.
Résultats
En pratique, le diagnostic prend la forme d’un rapport qui donnera un aperçu des inégalités au sein d’un pays, au travers de toutes les dimensions pertinentes et pour une période donnée. Par ailleurs, il résume les principales politiques adoptées qui devraient avoir un impact sur les inégalités. Chaque pays utilisera son diagnostic comme une plateforme pour :
- s’engager politiquement sur des stratégies pour éliminer les inégalités ;
- stimuler un dialogue national et une recherche nationale sur les inégalités ;
- mener la discussion au niveau national grâce à des recherches approfondies et à impact élevé.
- Le manuel sur la mesure des inégalités : afin d'assurer un certain degré de comparabilité entre toutes les études nationales et de soutenir les chercheurs et les statisticiens dans la réalisation des diagnostics d'inégalité, un manuel (disponible en anglais) a été élaboré par ACEIR et publié en 2020. Dans la version mise à jour du manuel, un nouveau chapitre traite les inégalités liées au changement climatique et aux facteurs environnementaux.
- Un papier de recherche sur les inégalités en Afrique subsaharienne, qui vise à promouvoir une meilleure analyse et une meilleure prise de décision politique dans la lutte contre les inégalités en Afrique : Inequality in Sub-saharan Africa : a review paper
- Le diagnostic des inégalités en Afrique du Sud, réalisé par l’Institut national de la statistique en Afrique du Sud (Statistics South Africa) en partenariat avec le Southern Africa Labour and Development Research Unit (SALDRU), l’African Centre of Excellence for Inequalities Research (ACEIR) dans le cadre de la Facilité UE-AFD : Inequality trends in South Africa : a multidimensional diagnostic of inequality
Ce rapport a été présenté lors d’un atelier impliquant tous les acteurs travaillant à la réduction des inégalités (11 février 2020, Cape Town), à l’occasion du 30e anniversaire de la libération de Nelson Mandela. La synthèse est disponible en anglais : Stakeholder engagement on inequality trends in South Africa.
- Le diagnostic des inégalités au Ghana, réalisé par l'ISSER et l'Université du Ghana en partenariat avec ACEIR dans le cadre de la Facilité UE-AFD : Inequality Diagnostics for Ghana
- Le diagnostic des inégalités au Kenya, réalisé par l'Université de Nairobi en partenariat avec ACEIR dans le cadre de la Facilité UE-AFD : Inequality Diagnostics for Kenya
- Une analyse détaillée des inégalités en Côte d'Ivoire : Etat des lieux des inégalités en Côte d'Ivoire
Plusieurs études ont été réalisées dans le cadre de la phase 2 :
- L'étude des inégalités sociales au Mozambique, réalisée par l'Instituto de Estudos Sociais e Económicos (IESE) et l'Université du Cap en partenariat avec l'African Centre of Excellence for Inequalities Research (ACEIR)
- Le diagnostic multidimensionnel des inégalités en Colombie, en collaboration avec Fedesarrollo et le DANE
- Le diagnostic multidimensionnel des inégalités en Indonésie, en collaboration avec LPEM et BPS-Statistics.
Le projet de recherche a également débouché sur :
- Un papier de recherche sur les liens entre inégalités, changement climatique et transition écologique dans les pays à revenu faible et intermédiaire : Inequality and Climate Change Measuring Interlinkages to Inform Equitable Climate Policy (en anglais)
- Une édition mise à jour du manuel (handbook) intégrant des indicateurs de l’impact du changement climatique sur les inégalités.
Contacts
- Anda David, chargée de recherche, AFD
- Rawane Yasser, chargée de recherche junior, AFD
Les outils mobilisés dans le cadre de la Facilité de recherche sur les inégalités
Mention légale UE (projet) Au Burkina Faso, malgré la croissance économique qui a été relativement forte tout au long des dix dernières années (plus de 5% en moyenne), une frange non négligeable de la population burkinabè vit en dessous du seuil de pauvreté (40% en 2014). Un tel niveau d’inégalité pose de nombreux défis qu’il est important de mieux comprendre à travers un diagnostic solide.
Contexte
Entre 2007 et 2013, le taux de croissance moyen du produit intérieur brut du Burkina Faso a été d’environ 7% en termes réels : l’une des meilleures performances économiques enregistrées en Afrique de l’Ouest. Compte tenu de la forte croissance démographique observée dans ce pays, le taux d’accroissement moyen du PIB par habitant a quant à lui augmenté de 3% au cours de cette même période. L’incidence de la pauvreté, qui était en augmentation de 1994 à 2009 (de 45 % en 1994 à 47 % en 2009), semble connaître un certain recul (40 % en 2014) mais les inégalités restent importantes.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la première phase de la Facilité de recherche sur les inégalités, coordonnée par l’AFD et financée par la Commission européenne sur la période 2017-2020. La première phase de la Facilité a permis la conduite de 22 projets de recherche et la publication d’une centaine de papiers de recherche et de policy briefs.
Objectif
Ce projet de recherche sur les inégalités au Burkina Faso visait dans un premier temps à poser un diagnostic des inégalités dans ce pays. Dans un second temps, il s'est agi de mener des études scientifiques sur trois thématiques :
- les dynamiques des inégalités de la pauvreté multidimensionnelle ;
- les parcours éducatifs ;
- le devenir des sortants du système éducatif.
L’objectif était d’examiner comment ces derniers s’intègrent plus tard dans la société et dans quelle mesure ils mettent en pratique les compétences acquises à l’école.
Les travaux ont concerné principalement les villes de Ouagadougou et de Nouna, dans l’ouest du pays.
Méthode
Le diagnostic des inégalités fera le point sur la situation au Burkina Faso à travers une revue de littérature et une analyse des données d’enquêtes nationales. Les dynamiques des inégalités de la pauvreté multidimensionnelle au Burkina Faso seront appréhendées au travers des expériences des Observatoires de Ouagadougou et de Nouna. L’analyse de l’évolution des inégalités de pauvreté multidimensionnelle dans le temps sera réalisée en milieu urbain, semi-urbain et rural, selon les caractéristiques démographiques, sociales et économiques des ménages et en fonction des dimensions de privation. Les recherches sur les parcours éducatifs et le devenir des sortants du système éducatif utiliseront les mêmes données. L’idée étant de réaliser des suivis de cohortes de sortants du système éducatif pour étudier leurs parcours et leur intégration à la société à plus long terme.
Résultats
Ces travaux de recherche ont donné lieu à des conférences et à des ateliers, ainsi qu'à différentes publications, dont les liens sont disponibles ci-dessous.
Papiers de recherche
- Etat des lieux des inégalités multi-dimensionnelles au Burkina Faso
- Les inégalités au Burkina Faso à l'aune de la pandémie de la Covid-19: quelques réflexions prospectives
- Dynamique des inégalités et de la pauvreté multi-dimensionnelle à Nouna
- Dynamique des inégalités de la pauvreté multi-dimensionnelle à Ouagadougou : données de l'Observatoire de population de Ouagadougou
Dialogue de politiques publiques
- Des politiques régionales de réduction des inégalités économiques pour réussir le pari de l’équité au Burkina Faso
- Améliorer le logement et l’accès à l’assainissement dans les quartiers informels de Ouagadougou pour réduire les inégalités
- Améliorer l’accès à l’enseignement au Burkina Faso : une condition majeure pour bénéficier du dividende démographique
Contacts :
- Linda Zanfini, chargée de recherche à l'AFD
- Rohen d'Aiglepierre, chargé de recherche à l'AFD
Mention légale UE (projet) Malgré une gouvernance démocratique, des institutions judiciaires, financières et des droits de l’homme bien établis et un cadre politique positif, la pauvreté et les inégalités sont toujours bien visibles en Afrique du Sud, dans la droite ligne de son héritage historique et des discriminations raciales qui ont marqué ce pays. La distribution des richesses, les conditions de vie, les opportunités d’emplois et les revenus des ménages continuent d’être très inégaux dans le pays. Les politiques actuellement menées et la qualité des services publics suscitent un mécontentement généralisé.
Contexte
L’arrivée au pouvoir du président Cyril Ramaphosa en février 2018 a donné au pays l’occasion de remettre le projet de Nelson Mandela pour l’Afrique du Sud sur les rails. Il faudra pour cela s’attaquer frontalement au manque d’avancées pour une meilleure égalité des chances et des revenus ainsi qu’aux difficiles questions économiques et politiques que cela pose. Les bénéfices d’un changement politique seront-ils réservés à une élite restreinte ou est-il possible de se diriger vers un développement plus largement partagé et équitable ? Quels genres de changements sociaux, économiques ou institutionnels pourraient contribuer à une transformation plus rapide des opportunités pour la tranche basse de la distribution des revenus des ménages ? Quels types de restrictions du pouvoir et des privilèges pourraient contribuer à une plus grande équité dans le processus de distribution de la richesse, notamment concernant la tranche des plus hauts revenus ?
Ces questions difficiles sont intéressantes tant en Afrique du Sud qu’à l’international. Ce sont des enjeux économiques et institutionnels d’une incroyable complexité. La croissance des inégalités est non seulement inacceptable du point de vue moral, mais elle semble aussi menacer la croissance économique, l’ordre social et le développement durable. La réduction des inégalités est devenue le cheval de bataille de nombreux pays et un travail considérable a été fait, à travers le monde entier comme en Afrique du Sud, pour mieux les comprendre.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la première phase de la Facilité de recherche sur les inégalités, coordonnée par l’AFD et financée par la Commission européenne sur la période 2017-2020. La première phase de la Facilité a permis la conduite de 22 projets de recherche et la publication d’une centaine de papiers de recherche et de policy briefs.
Objectif
Ce programme de recherche vise à aborder les enjeux de la distribution des revenus, tant de la tranche haute que de la tranche basse de la population. Il existe en effet plusieurs dimensions du développement humain et du bien-être, or des progrès sur certains aspects peuvent mener à des régressions dans d’autres. Et la croissance économique ne mène pas nécessairement à des résultats équitables. Par ailleurs, la pauvreté et les inégalités sont caractérisées par des impacts exponentiels qui les autoalimentent et s’avèrent difficiles à contrer.
Ce projet de recherche puisera dans les données disponibles concernant les inégalités en Afrique du Sud et les consolidera. Mené en partenariat avec l’Institut national des statistiques d’Afrique du Sud, Statistics South Africa, il comblera aussi certaines lacunes importantes pour éclairer les politiques publiques en la matière. Autres étapes importantes du programme de recherche : une série d’entretiens sera réalisée entre les chercheurs et des parties prenantes clés, dont des représentants de gouvernement, d’entreprises, d’organisations syndicales et de la société civile. Et ce, afin d’obtenir des recommandations, de tester des idées et de faciliter le consensus sur de potentielles réformes politiques.
Méthode
Le programme de recherche s’articulera autour de trois axes :
- La mise en place d’un diagnostic des inégalités, qui prendra la forme d’un rapport résumant les connaissances existantes sur les inégalités et sur les politiques menées en Afrique du Sud. Il approfondira ces connaissances en utilisant les données disponibles, explorera les implications de ce nouveau travail et fera ensuite le point sur les besoins en données nouvelles afin de progresser davantage dans l'élaboration de politiques visant à surmonter les inégalités.
- Un document sur le rôle des revenus dans les inégalités entre ménages. Il s'appuiera sur des données préliminaires montrant que l'un des aspects clés du manque de soutien du marché du travail aux ménages est la volatilité de l'emploi et donc des revenus des travailleurs indépendants et autres travailleurs vulnérables.
- Un document sur l’interconnexion entre les dynamiques de population et les inégalités spatiales. Il répondra à l’opinion souvent exprimée par la communauté politique selon laquelle l’immigration est guidée par les différences entres provinces et régions dans la qualité de l’éducation, de la santé et d’autres services.
Résultats
Le diagnostic des inégalités en Afrique du Sud, réalisé par l’Institut national de la statistique en Afrique du Sud (Statistics South Africa) en partenariat avec le Southern Africa Labour and Development Research Unit (SALDRU), l’African Centre of Excellence for Inequalities Research (ACEIR) dans le cadre de la Facilité UE-AFD est disponible en ligne (en anglais): Inequality trends in South Africa : a multidimensional diagnostic of inequality.
Ce rapport a été présenté lors d’un atelier impliquant tous les acteurs travaillant à la réduction des inégalités, qui s’est tenu le 11 février 2020 à Philippi, Cape Town, à l’occasion du 30e anniversaire de la libération de Nelson Mandela. Vous trouverez ici la synthèse de l’atelier regroupant les présentations, discussions et débat tenus ce jour (en anglais): Stakeholder engagement on inequality trends in South Africa.
Vous trouverez ci-dessous les papiers de recherche liés à ce projet (en anglais) :
Contact
-
Anda DAVID
Économiste, coordinatrice scientifique de la Facilité UE-AFD sur les inégalités
Mention légale UE (projet) Vingt ans après l’indépendance du pays et la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud n’a toujours pas réussi à s’affirmer comme une nation cohésive sur le plan social. Le projet de recherche proposé vise à formuler une approche pertinente en termes de cohésion sociale dans le cas de l’Afrique du Sud et à analyser le lien entre cohésion sociale et inégalités ethniques et raciales.
Contexte
Vingt ans après l’indépendance du pays et la fin de l’apartheid, l’Afrique du Sud n’a toujours pas réussi à s’affirmer comme une nation cohésive sur le plan social. Les Sud-Africains vivent encore séparément les uns des autres, tant sur le plan géographique que sur le plan social, excepté dans quelques groupes où les membres partagent des identités communes, telles que le ressenti d'appartenance, l’ethnie et la classe sociale.
En outre, les inégalités continuent à exacerber la tension entre riches et pauvres, groupes raciaux, métropoles urbaines et anciens bantoustans, ainsi qu’entre propriétaires des exploitations agricoles et employés. La croissance économique, dans la mesure où elle est avérée, n’a pas favorisé plus d’égalité et de cohésion en Afrique du Sud, composantes essentielles d’une croissance inclusive.
Chercheurs universitaires, décideurs politiques, leaders d’opinion et citoyens du pays ont longuement débattu des problèmes découlant du manque de cohésion de la société sud-africaine. Toutefois, le terme cohésion sociale a été utilisé de manière vague dans la littérature académique et au sein du discours politique. En effet, sa signification et son interdépendance par rapport au développement économique n’ont pas été bien compris. Il n’existe pas à ce jour de concept clairement défini, et donc pas de définition de la cohésion sociale en tant que facteur pertinent de développement inclusif en Afrique du Sud. Sans définition et moyens de quantifier, il est difficile d’affirmer avec certitude si la cohésion sociale s’est améliorée. En outre, à défaut d’identifier quelques leviers essentiels (à savoir, les facteurs déterminants de la cohésion sociale), il s’avère compliqué de formuler des politiques susceptibles d’améliorer sensiblement la cohésion sociale et d’encourager le développement inclusif.
Objectif
Dans ce contexte, le projet de recherche proposé vise à contribuer à l’amélioration de la cohésion sociale et du développement inclusif, deux des défis les plus fondamentaux auxquels l’Afrique du Sud est confrontée. Plus spécifiquement, les objectifs sont les suivants :
- Formuler une approche pertinente pour la cohésion sociale dans le cas de l’Afrique du Sud ;
- Élaborer et quantifier les indicateurs de la cohésion sociale ;
- Mener une analyse approfondie sur les inégalités ethniques et raciales en Afrique du Sud ;
- Faire la lumière sur les ramifications existantes entre la cohésion sociale et les inégalités, ainsi que leurs implications sur les politiques sociales.
Cette recherche combinera les vastes connaissances des meilleurs universitaires sud-africains en histoire, sociologie, politique et économie, avec l’expertise d’un chercheur universitaire japonais, ainsi que les connaissances en matière de pratiques mondiales et d’outils analytiques des chargés de recherche à l’AFD.
Résultats
Les résultats préliminaires à partir des indicateurs de cohésion sociale suggèrent les conclusions suivantes :
- Nous pouvons opérationnaliser une définition de la cohésion sociale et la quantifier à l’aide des données nationales disponibles.
- On observe une très grande constance des tendances dans l’indice et ses composants sur une longue période au sein des quatre bases de données nationales.
- La cohésion sociale en Afrique du Sud a augmenté entre 2008 et 2011, bien que la tendance soit moins nette par la suite et qu’une série chronologique plus étendue soit nécessaire.
- Des niveaux de revenu par habitant et d’employabilité plus élevés sont positivement associés à un niveau de cohésion sociale plus élevé.
- La pauvreté, le chômage, et la contestation de prestations de service ont une corrélation négative avec la cohésion sociale.
- La politique et le niveau de compétence des municipalités sont étroitement associés à un niveau de cohésion sociale plus élevé.
Notre recherche indique que la cohésion sociale repose sur le dépassement des préjugés, de la méfiance interraciale et de l’attitude négative à l’égard de l’intégration. La manière dont les individus perçoivent (ou non) l’inégalité détermine la probabilité des interactions interraciales.
Les niveaux élevés en termes d’inégalité et la perception que cette inégalité ne s’est pas améliorée après l’apartheid constituent les principaux obstacles à la cohésion sociale en Afrique du Sud. Cet état de fait subsiste même lorsque les inégalités sont analysées parallèlement à d’autres influences cruciales telles que les facteurs raciaux, géographiques et éducatifs.
Ce travail empirique minutieux démontre qu'il n'existe pas de voie facile à suivre pour bâtir une société cohésive en Afrique du Sud. Deux conditions sont déterminantes pour parvenir à cet objectif. Il s'agit de :
- donner la priorité à un accord défini et contrôlé pour lutter contre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion sociale ; et
- l’exécuter d’une manière qui contribue activement et légitimement au droit d’expression et à l’agence des individus et des communautés marginalisés.
Ces politiques audacieuses s'attaquant aux problèmes socio-économiques sont des exigences minimales. En effet, elles doivent être renforcées par des comportements et pratiques au quotidien démontrant une société réellement résolue à surmonter les préjugés, la méfiance interraciale et les attitudes négatives.
Pour construire, contrôler et améliorer la cohésion sociale, nous devons commencer par opérationnaliser une définition commune de la cohésion sociale prenant en compte cinq aspects (inclusion, appartenance, relation sociale, participation et légitimité).
- Social Cohesion and inequality in South Africa (en anglais)
- Defining Social Cohesion (en anglais)
- The Gap Between Rich and Poor (en anglais)
- Spatial poverty and inequality in South Africa: A municipality level analysis (en anglais)
- From definition to measurement: Constructing a social cohesion index for South Africa (en anglais)
Contact
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Anda DAVID
Économiste, coordinatrice scientifique de la Facilité UE-AFD sur les inégalités