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Photovoltaïque UE
La France assure depuis le 1er janvier 2022 et jusqu’au 30 juin la présidence du Conseil de l’Union européenne. Animés par des convictions communes, le groupe AFD et la Commission européenne travaillent ensemble depuis 2008 pour renforcer l’impact de leurs financements et l’efficacité de l’aide au développement. Un partenariat central pour la réalisation des Objectifs de développement durable comme le détaille Anna Lipchitz, responsable du groupe AFD auprès des institutions européennes.
Anna Lipchitz AFDLa Commission européenne et le groupe AFD sont aujourd’hui des partenaires de premier plan. Quels sont leurs objectifs communs ?

L'action de l’AFD s'exerce à travers des stratégies inscrites dans un cadre défini par le gouvernement français. Il y a d’abord celles liées aux défis communs auquel le monde entier doit faire face : la pandémie de Covid-19, le changement climatique, le déclin de la biodiversité, les inégalités, parmi d’autres. La Commission européenne et le groupe Agence française de développement ont des stratégies qui convergent dans ces domaines, avec le Pacte vert pour l’Europe d’un côté et l’engagement 100 % Accord de Paris de l’autre. Il en va de même sur les questions de genre, de développement humain, d’inégalités sociales, de lien social. Alors que l’AFD se positionne comme une agence de développement féministe, la Commission a par exemple décidé que 85 % des projets qu’elle financerait devraient porter une attention particulière aux enjeux liés au genre.


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Nous convergeons aussi sur l’approche partenariale. La Commission a la volonté d’encourager et de valoriser les interventions en commun entre agences de développement, quelle que soit leur taille, afin que l’Europe soit en mesure de peser plus fortement sur la scène internationale. Elle veut aussi parler de concert avec les bénéficiaires sur le terrain pour mieux prendre en compte leurs besoins. C’est une approche à laquelle nous souscrivons entièrement et que nous mettons déjà en pratique, partant du principe que dans un projet on est toujours meilleurs à plusieurs.

Enfin, nous partageons une obligation de redevabilité. La Commission gère de l’argent public et doit donc rendre compte de sa bonne utilisation. C’est ce que nous faisons aussi. Cela nous impose, d’une part, d’avoir des objectifs et une stratégie clairs et, d’autre part, de mettre en place des mécanismes de communication efficaces.

Sur la période 2014-2020, la Commission européenne a confié 2,8 milliards d’euros de subventions à l’AFD. Quels projets de développement cet argent a-t-il permis de soutenir ?

Avant toute chose, il peut être utile de rappeler que la Commission européenne et les États membres de l’Union européenne forment ensemble le premier pourvoyeur d’aide au développement au monde (66,8 milliards d’euros en 2020). Sur le mandat 2021-2027, la Commission a augmenté de 12 % le montant d’aide publique au développement qu’elle prévoit d’allouer aux bénéficiaires des pays du Sud, et ce malgré la crise sanitaire qui touchait également les pays européens. C’est un signal politique très fort !

L’AFD est un partenaire clé de la Commission dans cette dynamique. Ce partenariat nous permet un passage à l’échelle pour les projets que nous finançons avec un effet de levier. Ces dernières années, sur le mixage – cette modalité de financement propre aux institutions financières qui consiste à adosser de la subvention européenne à des prêts afin d’en renforcer les impacts – l’AFD a été le premier bénéficiaire des délégations de la Commission pour l’Asie et l’Amérique latine, le deuxième pour l’Afrique subsaharienne, et un acteur clé en Méditerranée. Nous intervenons aussi par le biais de subventions simples, sur des secteurs et dans des pays où ce type d’instruments est nécessaire.

Grâce à elles, l’AFD a par exemple mis en œuvre en Haïti le programme SECAL visant à améliorer la sécurité alimentaire des populations. Doté d’un budget total de 21,2 millions d’euros, dont 9 millions de fonds européens, il a permis de reconstruire des systèmes d’irrigation détruits par les ouragans – en particulier l’ouragan Matthew de 2016 –, de fournir des chèvres à des éleveurs et d’aider la filière du maïs à se transformer pour améliorer ses revenus.

On peut également citer le Programme d’efficacité énergétique pour les bâtiments (PEEB). Mené depuis 2018 au Maghreb et au Proche-Orient avec l’Ademe et la GIZ allemande, il a été rejoint en 2021 par la Commission qui y a apporté 29,8 millions d’euros en subvention d’investissement et en assistance technique. Cet argent permettra d’améliorer la prise en compte de ces enjeux d’efficacité énergétique pour un effet de levier attendu de 380 millions d’euros en termes de prêts du groupe AFD.

Qu’est-ce qu’apporte, sur le plan européen, l’intégration d’Expertise France au groupe AFD depuis le 1er janvier 2022 ?

Elle nous fait apparaître comme un partenaire complet doté de l’ensemble de la palette d’instruments et de modalités d’intervention au service de l’aide au développement : dons, prêts, garanties, assistance technique, mobilisation d’expertise publique… Avec Expertise France, le Groupe élargit encore son offre d’intervention, avec des couvertures sectorielles – comme la sécurité, un secteur dans lequel nous n’intervenions pas jusque-là – et géographiques plus étendues. Le mandat de notre nouvelle filiale est en effet plus large que celui de l’AFD, notamment sans limitation géographique. Elle est présente en intra-européen, en Grèce par exemple, ainsi qu’en Moldavie ou en Ukraine, des territoires pour lesquels les attentes de la Commission européenne sont fortes. Expertise France bénéficie par ailleurs d’un réseau de partenaires qui viendra renforcer notre capacité de mobilisation et d’impact.


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Avec le groupe AFD, tel qu’il se présente au 1er janvier 2022, nous pouvons travailler à des continuums. Sur la sortie de crise par exemple, Expertise France apporte son savoir-faire dans la prévention et la gestion de crise, la lutte contre les menaces transversales, le terrorisme et le crime organisé ainsi qu'aux interventions en faveur de la sécurité et du maintien de la paix ; l’AFD, elle, apporte son savoir-faire dans le soutien à l’administration publique et Proparco au secteur privé. Autre exemple, l'entrepreneuriat : Expertise France travaille sur l’amélioration de l’environnement des affaires, l’AFD a des relations privilégiées avec les banques publiques tandis que Proparco peut plus facilement nouer des liens avec les entreprises.

Cette intégration nous permet aujourd’hui d’accompagner nos contreparties à une échelle encore plus forte et de mieux soutenir des réformes sectorielles. Elle avait été anticipée à Bruxelles, où notre représentation était déjà un bureau « Groupe » réunissant les trois entités depuis 2019. Nous avons pu voir que cela renforçait nos partenariats européens.

Sur quelle dynamique se poursuivra le partenariat entre la Commission européenne et le groupe AFD dans les années qui viennent ?

Nous sommes sur une dynamique très positive, en particulier sur les dons et les mixages prêts-subventions. Je pense qu’à l’échelle du Groupe nous pouvons viser 1 milliard d’euros par an de ressources mobilisées avec la Commission, permettant plus d’impacts pour nos partenaires. En plus de ces instruments financiers, le groupe AFD cherche à mobiliser les garanties européennes, dont les enveloppes vont connaître dans les prochaines années une augmentation significative, et qui permettront d’améliorer encore l’effet de levier de nos financements.

Dans la nouvelle stratégie européenne pour le mandat 2021-2027 figure la volonté de former des « Team Europe », des équipes Europe, en favorisant la coordination entre acteurs européens de l’aide au développement. Nous sommes déjà avancés sur ce sujet, notamment avec nos homologues allemands de la KfW avec qui nous nous sommes fixé des objectifs ambitieux : 2 milliards d’euros par an en co-financement. Nous partageons la volonté de doubler ces engagements d’ici 2023. Il y a aussi l’Aecid espagnole et la CDP italienne, pour ne citer qu’elles. De nouveaux accords-cadres signés avec ces partenaires devraient nous permettre de mettre en place une plateforme commune de financements où ceux-ci seraient portés par un seul acteur au nom des banques publiques de développement européennes. L’offre européenne sera alors plus structurée, plus impactante au service du développement de ceux qui en ont le plus besoin. L’enjeu à terme est bien de parvenir à ce que tous les acteurs de la « famille européenne », des plus anciennes institutions comme l’AFD qui vient de fêter ses 80 ans aux plus récentes ou à taille plus modeste, œuvrent conjointement pour proposer une offre d’accompagnement intégrée et de qualité à nos partenaires.